Syndrome de l’imposteur : s’en libérer

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
coachs professionnels · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

Le syndrome de l’imposteur, décrit par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes, est cette conviction intime d’être une fraude, malgré les diplômes, les réussites et les retours positifs. Chaque succès est attribué à la chance, chaque échec à soi. Ce n’est pas de la lucidité, c’est un mécanisme, et il se démonte.

Syndrome de l'imposteur : le masque enfin posé sur le bureau

La promotion est tombée, les félicitations ont fusé, et votre première pensée a été : « ils vont bien finir par s’en rendre compte ». S’en rendre compte de quoi ? Que vous n’êtes pas à la hauteur. Que vous avez eu de la chance. Que derrière la façade, il n’y a que vous.

Alors vous compensez : vous préparez trois fois trop, vous relisez dix fois, vous refusez de déléguer, et chaque réussite obtenue à ce prix « prouve » que sans cet effort démesuré, vous auriez été démasqué·e. Le piège est parfait : même vos victoires nourrissent l’imposture.

Bonne nouvelle : ce piège a été décrit, étudié, et il a des sorties.

Une fraude qui n’existe pas

En 1978, Pauline Clance et Suzanne Imes décrivent le « phénomène de l’imposteur » chez des femmes brillantes convaincues de ne pas mériter leur place. On sait depuis que le vécu touche les deux sexes, avec une intensité particulière chez les femmes cadres, les premiers de famille à « monter », les profils atypiques et les perfectionnistes.

Le mécanisme tient en une asymétrie comptable : les réussites sont portées au crédit de la chance, du timing, de l’indulgence des autres ; les échecs, eux, sont portés au débit de votre valeur. Avec une comptabilité pareille, aucune carrière ne peut jamais prouver quoi que ce soit, le dossier à charge grossit, le dossier à décharge reste vide.

Et le syndrome coûte cher : surpréparation épuisante, refus des opportunités (« pas encore prêt »), incapacité à négocier son salaire, et cette voie royale vers le burn-out qu’est le surinvestissement permanent, travailler deux fois plus pour mériter une place qu’on occupe déjà.

Le symptôme visibleCe qui se joue en profondeur
« J’ai eu de la chance » après chaque réussiteUne comptabilité truquée : crédit à la chance, débit à soi
Surpréparer, sur-vérifier, ne rien déléguerConjurer le démasquage, au prix de l’épuisement
Refuser un poste, ne pas négocier, ne pas postulerL’auto-exclusion préventive : se rejeter avant d’être rejeté
Malaise aux compliments, détournés aussitôtLe compliment menace le système : il oblige à être à la hauteur demain
« Ici, tout le monde est plus légitime que moi »La comparaison de votre intérieur avec la façade des autres

D’où vient l’imposteur intérieur

Personne ne naît imposteur, on le devient, et l’histoire varie : une enfance où l’amour semblait indexé sur les notes ; une étiquette familiale (« elle, c’est la travailleuse, sa sœur, c’est la douée ») qui programme à attribuer ses succès à l’effort, jamais à la valeur ; un milieu d’origine qu’on a « trahi » en réussissant, et où la légitimité ne semble jamais acquise ; ou l’expérience répétée d’être « la seule » ou « le seul » de sa catégorie dans la pièce.

C’est pourquoi les conseils de surface, « aie confiance en toi », « regarde ton CV », échouent : le syndrome ne vient pas d’un manque d’informations sur vos compétences, mais d’un schéma ancien qui filtre l’information. On ne le raisonne pas : on le travaille.

Comment nous travaillons

1

Démasquer le mécanisme, pas vous. Repérer la comptabilité truquée en temps réel : à quoi j’attribue ce succès, cet échec ? Les outils des TCC rendent le filtre visible, et un filtre visible perd déjà la moitié de son pouvoir.

2

Remonter au schéma d’origine. Où avez-vous appris que votre valeur était conditionnelle ? La thérapie des schémas travaille cette racine, exigences héritées, étiquettes familiales, loyautés de classe, pour que la légitimité cesse de dépendre du prochain exploit.

3

S’exposer, sans la béquille. Présenter sans surpréparer, déléguer un dossier, dire « je ne sais pas » en réunion, négocier le salaire : des expériences graduées, choisies ensemble, qui prouvent par les faits ce que le raisonnement seul ne prouvera jamais.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation ; 90 € en entreprise, frais en sus.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’une cadre que nous avons accompagnée

Étude de cas

Sarah, la plus jeune nommée, et la moins sûre d’elle

Sarah, trente-six ans, vient d’être nommée directrice adjointe, la plus jeune de l’historique de sa structure. Elle consulte pour « gérer son stress ». Le stress en question : elle répète ses interventions de comité de direction la veille au soir, à voix haute, parfois jusqu’à minuit.

Pour ma part, Cécile, je lui demande ce qui se passerait si elle improvisait, une fois. Sa réponse fuse : « Ils verraient. » Ils verraient quoi ? Silence. Puis : « Que je ne suis pas celle qu’ils croient. » Tout le syndrome tient dans cette phrase, il y aurait une vraie Sarah, médiocre, et une façade, brillante, qu’il faut entretenir nuit après nuit.

Nous remontons le fil. Première de sa famille à faire des études longues, Sarah a grandi avec une fierté parentale immense, et une étiquette : « elle y arrive parce qu’elle bosse ». Jamais « parce qu’elle est douée ». Trente ans plus tard, la comptabilité est restée la même : tout succès rembourse l’effort, rien ne crédite jamais la valeur.

Le travail combine les trois étages : le journal des attributions, où Sarah découvre, ligne après ligne, qu’elle ne s’accorde littéralement jamais un mérite, le schéma d’origine, et l’exposition. Un mardi, elle entre en comité avec trois mots-clés sur une fiche au lieu de quatre pages. L’intervention est l’une de ses meilleures : vivante, directe. Le monde ne s’écroule pas, c’est la donnée qui manquait à son dossier à décharge.

Des mois plus tard, le doute n’a pas disparu, il a changé de statut. « Il revient avant chaque grande échéance, dit Sarah. Mais maintenant je le reconnais : c’est ma vieille comptabilité qui parle. Et je ne lui confie plus mes livres de comptes. »

Prénom et détails modifiés.

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si vos réussites ne vous prouvent jamais rien ; si vous épuisez votre talent à conjurer un démasquage imaginaire ; si vous refusez des opportunités « en attendant d’être prêt·e », depuis des années ; ou si une prise de poste récente a réveillé l’imposteur en grand.

Ce n’est pas le bon cadre seul si le sentiment d’imposture s’accompagne d’un effondrement dépressif, le médecin d’abord, nous en complément. Et si votre environnement vous délégitime réellement (dénigrement, plafond de verre, harcèlement), le problème n’est pas dans votre tête, et il se traite autrement.

Un premier pas, sans risque : pendant une semaine, tenez deux colonnes : chaque réussite (même petite) et l’explication que vous lui donnez spontanément. Si la colonne des explications ne contient jamais votre compétence, vous tenez la preuve, non de votre imposture, mais du filtre.

Questions fréquentes

Le syndrome de l’imposteur est-il une maladie ?

Non, c’est un phénomène psychologique décrit par Clance et Imes, pas un diagnostic. Mais ses conséquences (épuisement, auto-sabotage de carrière, anxiété) sont bien réelles, et justifient pleinement un accompagnement.

Et si je suis réellement moins compétent·e que les autres ?

C’est la question piège du syndrome, et elle a une réponse simple : les personnes réellement incompétentes se posent rarement cette question avec cette angoisse. Le doute lucide améliore ; le doute imposteur paralyse. On apprend à distinguer les deux.

Pourquoi ça s’aggrave quand je réussis ?

Parce que chaque succès monte la barre du démasquage : plus la place est haute, plus la chute imaginée est grande. C’est pourquoi les promotions déclenchent souvent les pires crises, et c’est souvent là qu’on consulte.

Les femmes sont-elles plus touchées ?

Le phénomène a été décrit chez des femmes, et les environnements où l’on est « la seule » de sa catégorie l’alimentent fortement. Mais les hommes sont nombreux à le vivre, et à le taire davantage, ce qui ne l’arrange pas.

Quel lien avec le burn-out ?

Direct : la surcompensation permanente, travailler deux fois plus pour conjurer le démasquage, est l’un des chemins les plus sûrs vers l’épuisement. Traiter l’imposteur, c’est souvent de la prévention de burn-out.

Combien de temps pour s’en libérer ?

Cela dépend de l’ancienneté du schéma et du contexte. L’objectif réaliste n’est pas de ne plus jamais douter, c’est de reconnaître le filtre quand il parle, et de ne plus le laisser décider de votre carrière. Nous avançons à votre rythme.

CF

Cécile Fournier

Coach professionnelle · psychopraticienne certifiée

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle accompagne notamment les femmes cadres dont le talent s’épuise à conjurer le démasquage. En savoir plus →

FF

Franck Fournier

Coach professionnel · psychopraticien certifié

Ancien cadre et dirigeant pendant trente ans, formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il connaît de l’intérieur les comités de direction, et leurs imposteurs imaginaires. En savoir plus →

Sources

Pauline Clance & Suzanne Imes (1978), description du phénomène de l’imposteur (« impostor phenomenon ») chez des femmes à haute réussite ; travaux étendus depuis aux deux sexes. Le phénomène n’est pas une catégorie diagnostique.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Vous n’avez rien à prouver pour prendre rendez-vous, c’est même tout le sujet. Un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, en cabinet à Montargis ou en visio.

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Le plus étrange avec l’imposteur intérieur, c’est qu’il n’a jamais produit une seule preuve, en trente ans de procès, pas une. Et si vous cessiez d’instruire un dossier vide, pour investir ce talent d’enquêteur là où il rapporte : dans le travail que vous faites déjà remarquablement bien ?

Pour aller plus loin :

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