Par Franck Fournier & Cécile Fournier
· sexothérapeutes · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 9 juin 2026
Après l’arrivée d’un enfant, la sexualité ne « revient pas toujours toute seule », et ce n’est ni votre faute, ni une fatalité. Cet article s’adresse aux jeunes parents, en particulier aux mères, dont le désir semble s’être effacé. Il explique pourquoi, et comment réinventer une intimité choisie, sans nier la nouvelle identité parentale, au cabinet, à Montargis, ou en visio.

Ce que cet article vous aide à faire :
- Comprendre pourquoi le désir ne revient pas seul, sans culpabiliser.
- Distinguer « pas envie de toi » de « pas accessible pour l’instant ».
- Amorcer une reconnexion graduée, en protégeant d’abord la mère.
Si vous vous reconnaissez, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet d’y voir plus clair, prendre rendez-vous.
Quand le corps a fabriqué la vie et ne se reconnaît plus
Vous l’avez porté neuf mois. Vous l’aimez désormais dans vos bras. Mais quelque chose a changé. Votre corps n’est plus tout à fait le vôtre, il a été partagé, traversé, nourricier. Et quand votre partenaire s’approche, ce n’est plus du désir qui monte : c’est une vigilance, ou rien.
Alors vous vous taisez. Vous attendez. Six mois passent, un an, parfois deux. Et vous commencez à craindre que cela ne revienne jamais. Vous lisez en cachette des articles qui répètent que « tout est normal ». Ils ne vous rassurent pas ; ils vous écrasent.
Cette douleur, nous l’entendons régulièrement. Et il faut la poser simplement : la sexualité d’après bébé ne revient pas toujours seule, ce n’est pas votre faute, et ce n’est pas non plus définitif. Elle se réintègre, par un travail spécifique, respectueux, progressif.
Vous ne l’avez peut-être avoué à personne, alors disons-le pour vous : vouloir redevenir une femme désirée et désirante, sans renoncer à être mère, n’a rien d’égoïste. C’est même le cœur du chemin.
On entend partout qu’il « suffit d’attendre que ça revienne ». Mais une maternité ne rend pas le corps insensible pour toujours ; elle le réorganise. Ce qui s’est tu, ce n’est pas le désir lui-même : c’est l’espace où il pouvait exister, colonisé par les biberons, les nuits hachées, la vigilance permanente. On ne rallume pas l’ancienne sexualité comme on rappuie sur un interrupteur, on en invente une nouvelle, sur des bases nouvelles.
Imaginez retrouver l’autre comme amant·e, sans culpabilité envers l’enfant. Redevenir deux, sans cesser d’être trois. C’est possible, pas en revenant en arrière, mais en avançant autrement.
Pourquoi le désir ne revient pas spontanément
Est-ce hormonal, psychologique ou relationnel ? Les trois, dans cet ordre d’importance dans le temps. Les hormones, la chute des œstrogènes, la prolactine de l’allaitement, jouent un rôle réel, mais limité dans la durée.
La réorganisation identitaire, elle, dure bien plus longtemps : devenir parent bouleverse l’image qu’on a de soi. Et le facteur le plus sous-estimé est relationnel, la nouvelle dynamique du couple, la charge mentale, l’asymétrie des rôles. C’est justement là que nous avons le plus de levier.
Pourquoi ne pas « se forcer un peu » ? Parce que se forcer aggrave le blocage. Après une naissance, le corps a passé des mois à scanner des signaux internes, le bébé, le lait, le sommeil. Le réinviter au plaisir demande de réorienter cette vigilance vers la sensation agréable, pas vers la surveillance. C’est un apprentissage, pas une décision. Derrière chaque phrase difficile, il y a un besoin précis qui cherche à se dire.
| Ce qui est dit ou ressenti | Le besoin réel, en profondeur |
|---|---|
| « Je n’ai plus envie » | Sécuriser un corps qui se reconstruit encore |
| « Mon corps ne m’appartient plus » | Reconquérir une zone à soi, non maternelle |
| « Je suis trop fatiguée » | Une vraie fatigue, et le besoin d’un espace inviolable |
| « Il ne comprend pas » | Que l’autre cesse de demander pour pouvoir désirer |
| « Je culpabilise envers le bébé » | Démêler l’amour parental de l’exclusivité du corps |
Notre façon d’accompagner : protéger, réunir, réinviter
Le couple est reçu par nous deux, une double lecture, féminine et masculine. Pour la sexualité d’après bébé, nous suivons trois temps, et l’ordre est la méthode.
Se réapproprier son corps, pour soi. Avant tout travail à deux, la mère (et le père, à sa manière) reprend possession de son corps sans aucun objectif érotique. Un temps sensoriel, presque méditatif, pour réhabiter un corps qui était devenu fonction.
Redevenir deux adultes, pas seulement deux parents. On recrée des espaces de temps non parental, pas pour faire l’amour, mais pour retrouver une relation d’adultes, distincte de la logistique de l’enfant. C’est là que le couple se réinstalle.
Réinviter le désir, par paliers. Reconstruction progressive du toucher, du jeu, de l’élan, sans aucun objectif de performance, dans un cadre sécurisé où rien n’est attendu. Le corps réapprend que l’approche n’est pas une demande.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné
Camille et Hugo, onze mois sans se toucher après bébé
Camille, trente-trois ans, et Hugo, trente-cinq ans, ont une petite fille de quatorze mois. Camille allaite encore. Ils viennent nous voir parce qu’ils n’ont plus eu de rapport depuis onze mois. Camille pleure dès la première séance : elle a peur qu’Hugo finisse par partir. Hugo, lui, est désemparé mais doux, il ne sait pas comment être présent sans peser.
Pour ma part, Cécile, je reçois Camille seule. Elle se décrit comme « un service », « un distributeur », « un corps utile ». La sexualité, dans ce décor, lui apparaît comme une tâche de plus à accomplir. Je lui dis ce que j’entends : ce n’est pas votre désir qui a disparu, c’est l’espace où il pouvait exister qui a été occupé tout entier. La nuance la traverse comme un soulagement.
De mon côté, Franck, je reçois Hugo. Il est tendu, prêt à tout pour « bien faire ». Je l’aide à comprendre qu’attendre activement n’est pas subir passivement. Je lui propose de renoncer explicitement, pour quelques mois, à toute initiative. Libéré du rôle de demandeur, il peut redevenir un partenaire, pas un solliciteur.
Camille, elle, s’accorde sept minutes par jour rien que pour elle : un bain, un massage, un étirement, peu importe. Une seule règle : ce moment n’a pas d’autre destinataire qu’elle-même. Cet acte de soustraction, en apparence minuscule, est fondateur.
Quelques semaines plus tard, en séance à quatre, nous réinstallons un dîner par mois où il est interdit de parler de l’enfant. Cela paraît anodin ; c’est décisif. Beaucoup de jeunes parents n’ont plus une seule conversation qui ne tourne pas autour du petit. Vers la sixième semaine, je le remarque, Cécile : Camille parle de son corps autrement. Elle emploie le mot « mien ». C’est le signe que nous attendions.
Vient enfin le toucher sans suite : massages, étreintes longues, peau contre peau, sans aucune attente. Un soir de la troisième semaine de ce temps-là, c’est Camille qui initie, pour la première fois depuis plus d’un an. Ils n’ont pas réveillé leur ancienne sexualité : ils en ont réinventé une, en protégeant la mère d’abord, en réinstallant le couple ensuite, et en réinvitant le désir seulement après.
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pour qui cette approche, et pour qui pas
Le principe à retenir : on ne réveille pas une sexualité d’après bébé, on la réinvente. Et cette réinvention suit un ordre, protéger la mère, réinstaller le couple, puis réinviter le désir. Inverser cet ordre, c’est remettre la pression là où il faudrait d’abord du répit.
Cette approche est faite pour les couples qui acceptent que la solution ne soit ni « attendre » ni « se forcer » ; pour les mères prêtes à se réapproprier leur corps avant toute reconquête conjugale ; pour les partenaires prêts à renoncer un temps à l’initiative pour laisser le désir revenir. Elle se mène à Montargis ou en téléconsultation.
Elle convient moins quand l’un nie l’existence du problème, ou attend un retour immédiat « comme avant ». Et lorsque s’ajoutent une douleur physique persistante, ou des signes de dépression du post-partum, un avis médical s’impose en parallèle : accompagner le couple ne remplace jamais le soin du corps et de l’humeur.
Un premier pas, cette semaine. Offrez-vous sept minutes par jour, à la même heure, au même endroit, uniquement pour vous. Pas de téléphone, pas de tâche. Juste votre corps avec vous : un bain, un thé bu en conscience, un étirement, une musique allongée. La régularité compte plus que la nature du geste. C’est l’amorce du chemin.
Et si c’était une nouvelle page, plutôt qu’un retour ?
Et si, dans quelques mois, vous redécouvriez votre corps comme un territoire qui vous appartient ? Et si vos retrouvailles à deux se révélaient plus profondes que tout ce que vous aviez connu avant l’enfant ?
Et si la sexualité d’après bébé n’était pas un retour en arrière, mais la découverte de qui vous êtes, désormais, ensemble ?
Questions fréquentes
Combien de temps après l’accouchement est-il « normal » de ne pas avoir de désir ?
L’absence de désir dans les mois qui suivent la naissance est très fréquente, et n’a rien d’inquiétant en soi. Quand elle se prolonge bien au-delà de la première année et pèse sur le couple, un accompagnement spécialisé aide à comprendre ce qui s’est figé, et à le dénouer.
L’allaitement bloque-t-il vraiment la libido ?
Il la diminue, par effet hormonal, mais ne la supprime pas. La cause d’un blocage durable est rarement seulement biologique : la dimension identitaire et relationnelle pèse souvent davantage, et c’est sur elle qu’on peut le plus agir.
Mon partenaire ne comprend pas. Comment lui en parler ?
En lui partageant une distinction simple : « pas envie de toi » et « pas accessible pour l’instant » ne veulent pas dire la même chose. Beaucoup de partenaires changent de posture du tout au tout quand ils saisissent cette nuance, et cessent de vivre le retrait comme un rejet.
Faut-il consulter seule ou en couple ?
Souvent, nous commençons par une séance individuelle pour la mère, afin de l’aider à se réapproprier son corps. Le partenaire est intégré ensuite, et la co-thérapie de couple intervient pour réinstaller le lien et réinviter le désir.
Cela peut-il concerner aussi le père ?
Oui. La paternité réorganise aussi l’identité masculine et peut affecter le désir, l’élan érotique, l’image de soi. Nous accompagnons régulièrement des pères sur ces questions, qui restent souvent dans l’ombre faute d’être dites.
Au bout de combien de temps voit-on des changements ?
Les premiers changements concernent souvent la relation de la mère à son corps, et apparaissent après quelques semaines. La reprise d’une vie intime apaisée demande davantage de temps. Nous avançons à votre rythme, sans agenda imposé.
Franck Fournier
sexothérapeute · psychopraticien certifié
Psychopraticien certifié & coach professionnel, cofondateur de l’Institut Self Attitude à Montargis. Avec Cécile, il reçoit les couples en co-thérapie croisée, une double lecture féminine et masculine, attentive aussi à la place des pères. Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. En savoir plus →
Cécile Fournier
sexothérapeute · psychopraticienne certifiée
Psychopraticienne certifiée, thérapeute & experte en ingénierie pédagogique, cofondatrice de l’Institut Self Attitude. Formée aux Sciences de l’Éducation, elle ancre ses accompagnements dans la psychoéducation, l’attachement adulte et l’accompagnement de la maternité. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. En savoir plus →
Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si l’intimité s’est tue depuis l’arrivée de votre enfant, parlons-en. Un premier échange permet de comprendre ce qui s’est figé, et par où recommencer, en douceur.
15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio
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