Par Franck Fournier & Cécile Fournier
· psychopraticiens certifiés · mis à jour le 9 juin 2026
Écrans, jeux vidéo, parfois substances : quand l’usage devient une addiction, ce n’est pas un manque de volonté, mais un comportement qui régule une émotion. Cet article aide les parents à distinguer un usage intense d’une vraie addiction, et à accompagner sans bras de fer. Pour les substances, la priorité est médicale (médecin, addictologie) ; notre accompagnement vient en complément.

Ce que cet article vous aide à faire :
- Distinguer un usage intense d’une addiction installée.
- Comprendre ce que l’écran ou le produit vient calmer.
- Accompagner sans diaboliser, en reconstruisant le lien.
Si vous vous inquiétez pour votre adolescent, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet d’y voir plus clair, prendre rendez-vous.
Quand l’écran prend toute la place
Il joue des heures, la nuit comprise. Couper la console déclenche une crise. Les notes baissent, les amis « en vrai » s’espacent, et chaque repas se termine en négociation sur le temps d’écran. Vous avez essayé les règles, les punitions, les chartes, rien ne tient.
Ou bien c’est autre chose : une consommation que vous découvrez, et qui vous glace. Vous oscillez entre la colère, la peur, et l’impression de ne plus reconnaître votre enfant.
Une addiction se reconnaît à trois choses : la perte de contrôle, la persistance malgré les conséquences (sommeil, école, relations), et l’envahissement de la vie. Tout usage intense n’est pas une addiction, mais quand ces signes s’installent, il faut s’en occuper.
Vous ne l’avez peut-être dit à personne, mais vous vous demandez ce que vous avez raté. Posons-le : une addiction n’est pas un défaut de caractère, ni un échec parental. C’est un comportement qui s’est installé parce qu’il soulageait quelque chose.
On croit qu’il suffit de couper l’accès pour régler le problème. Mais une addiction n’est pas qu’une mauvaise habitude : c’est un régulateur d’émotion détourné. L’écran apaise l’ennui, l’angoisse, le sentiment de ne pas exister ailleurs. Retirer la manette sans rien mettre à la place, c’est fermer une issue de secours sans en ouvrir une autre, et la pression remonte. Ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qu’il fait de trop, c’est ce que cela vient calmer.
Imaginez votre adolescent retrouver d’autres sources de plaisir et de fierté, et un usage des écrans qui ne dévore plus sa vie. Cela se construit, non par la guerre, mais en comprenant à quoi l’addiction servait.
Ce que l’addiction vient calmer
Derrière le comportement, il y a presque toujours une émotion que l’adolescent ne sait pas encore gérer autrement.
| Ce que vous voyez | Ce que cela vient souvent calmer |
|---|---|
| Refuge dans le jeu dès qu’il rentre | Une anxiété, un quotidien vécu comme hostile |
| Vie sociale uniquement en ligne | Une difficulté à exister dans le lien réel, un évitement |
| Recherche de sensations, prises de risque | Un ennui, un besoin d’intensité ou d’appartenance |
| Irritabilité, agressivité au moindre cadre | Le manque, et la peur de perdre ce qui apaise |
| Dévalorisation, « je ne suis bon qu’à ça » | Une estime fragile, qui ne trouve de valeur que là |
L’Organisation mondiale de la santé reconnaît d’ailleurs le trouble du jeu vidéo dans sa classification (CIM-11), ce qui aide à le penser comme un trouble à accompagner, et non comme une simple paresse à punir.
Une distinction importante : pour les addictions aux substances (alcool, cannabis, autres), la dimension médicale est prioritaire. Le médecin et, si besoin, une consultation jeunes consommateurs ou un service d’addictologie sont les interlocuteurs de première ligne. Notre accompagnement s’inscrit alors en appui de ce cadre.
Notre façon d’accompagner : comprendre, remplacer, relier
On ne sort pas un adolescent d’une addiction en lui faisant la guerre. On l’aide à comprendre ce qu’elle régulait, et à retrouver d’autres appuis.
Comprendre la fonction du comportement. Avec l’ado, sans le juger, on repère ce que l’écran ou le produit vient apaiser, l’ennui, l’angoisse, le besoin d’appartenance. Ce qu’on comprend cesse de nous commander en silence.
Construire d’autres sources de satisfaction. On ne se contente pas d’interdire : on aide l’adolescent à retrouver des activités et des liens qui comblent vraiment le besoin que l’addiction comblait. Un remplacement n’est efficace que s’il est aussi nourrissant.
Restaurer le lien et le cadre familial. On aide les parents à tenir un cadre clair sans transformer la maison en champ de bataille. Un cadre ferme et bienveillant protège mieux qu’une interdiction subie, qui pousse à la clandestinité.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un adolescent que nous avons accompagné
Enzo, la console au cœur de la nuit
Enzo a quinze ans. Il joue jusqu’au milieu de la nuit, sèche des cours pour dormir, et toute tentative de limiter la console finit en explosion. Ses parents, épuisés, ont tout essayé, couper le wifi, confisquer, négocier, sans résultat durable.
Quand Enzo vient me voir, je ne commence pas par le jeu. Je m’intéresse à ce que le jeu lui apporte. Il finit par le dire : en ligne, il est quelqu’un, reconnu par son équipe, compétent, attendu. Au collège, il se sent invisible et nul. La manette n’était pas le problème : c’était la seule scène où il existait.
Cette compréhension change tout. On ne lutte plus contre le jeu, on s’occupe du vide qu’il remplissait. Pas à pas, Enzo réinvestit une chose où il peut, ailleurs, se sentir compétent, pour lui, ce sera un atelier où il bricole, et où on lui confie des responsabilités.
Avec ses parents, je travaille le cadre : des horaires clairs, négociés et tenus, mais sans le discours catastrophe qui braquait Enzo. Le wifi coupé brutalement laisse place à une règle stable, prévisible, et la tension du soir retombe d’un cran.
Le jeu n’a pas disparu, et ce n’était pas le but. Mais il a repris sa place, parce qu’Enzo a retrouvé d’autres endroits où compter. Il n’a pas obéi à une interdiction : il a cessé d’avoir autant besoin de fuir.
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pourquoi cela fonctionne, et pour qui
Le principe : on ne fait pas reculer une addiction par la seule interdiction, mais en comprenant ce qu’elle régulait et en offrant d’autres appuis. Chaque source de satisfaction retrouvée ailleurs reprend du terrain à l’automatisme.
Cet accompagnement convient à l’adolescent dont l’usage des écrans ou des jeux envahit la vie, et à ses parents, souvent à bout de stratégies. Il se mène à Montargis ou en téléconsultation.
Ses limites sont claires : pour les addictions aux substances, la prise en charge est d’abord médicale (médecin, addictologie, consultation jeunes consommateurs). Et si l’addiction s’accompagne d’un mal-être profond, d’un isolement majeur ou d’idées noires, on ne tarde pas : médecin, 15, ou 3114.
Un premier pas, ce soir. Au lieu d’une énième remarque sur le temps d’écran, posez une question curieuse, sans piège : « Qu’est-ce que tu aimes vraiment, dans ce jeu ? » Écoutez sans juger. Vous y trouverez souvent ce que la vie réelle ne lui offre pas encore, et c’est par là qu’on commence.
Et si l’écran comblait un manque, plus qu’il ne créait le problème ?
Et si, derrière les heures de jeu, votre adolescent cherchait surtout à se sentir compétent et relié ? Et si l’aider à trouver cela ailleurs valait mieux que de lui livrer une guerre que personne ne gagne ?
Comprendre. Offrir d’autres appuis. Tenir le cadre, sans la guerre.
Questions fréquentes
Usage intense ou vraie addiction : comment savoir ?
Trois repères : la perte de contrôle (impossible de réduire), la persistance malgré les conséquences (sommeil, école, amis), et l’envahissement de la vie. Un usage important sans ces signes n’est pas forcément une addiction. En cas de doute, un échange avec un professionnel aide à y voir clair.
Faut-il tout interdire ?
L’interdiction brutale et totale pousse souvent à la clandestinité et au conflit. Un cadre clair, stable et négocié protège mieux. L’objectif n’est pas l’abstinence à tout prix sur les écrans, mais un usage qui ne dévore plus la vie, sauf pour les substances, où la prudence est différente.
Et pour les substances (cannabis, alcool…) ?
La priorité est médicale. Parlez-en à votre médecin, qui pourra orienter vers une consultation jeunes consommateurs ou un service d’addictologie. L’accompagnement psychologique vient soutenir ce parcours, jamais le remplacer.
Mon ado refuse d’en parler. Que faire ?
Le déni et le refus sont fréquents. Plutôt que la confrontation, on maintient le lien, on s’intéresse à ce que l’activité lui apporte, et on s’appuie sur un tiers : beaucoup d’adolescents s’ouvrent plus facilement à un professionnel qu’à leurs parents.
Le cadre à la maison, comment le tenir ?
Des règles peu nombreuses, claires, prévisibles et tenues par les deux parents, valent mieux que des menaces changeantes. L’idée n’est pas de gagner un bras de fer, mais d’offrir une structure rassurante. Un accompagnement aide à trouver le bon équilibre.
Cela se résout-il vraiment ?
Oui, surtout quand on s’occupe de la cause et pas seulement du symptôme, et quand parents et professionnels avancent ensemble. Le chemin demande du temps et de la patience, mais l’usage retrouve sa place quand l’adolescent retrouve d’autres appuis.
Franck Fournier
psychopraticien certifié
Psychopraticien certifié & coach professionnel, cofondateur de l’Institut Self Attitude à Montargis. Il accompagne adultes et adolescents, notamment sur les addictions comportementales et la régulation émotionnelle, en lien avec les professionnels de santé si besoin. Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. En savoir plus →
Cécile Fournier
psychopraticienne certifiée
Psychopraticienne certifiée, thérapeute & experte en ingénierie pédagogique, cofondatrice de l’Institut Self Attitude. Formée aux Sciences de l’Éducation, elle ancre ses accompagnements dans la psychoéducation, comprendre ses mécanismes pour reprendre la main. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. En savoir plus →
Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence (15, ou 3114 pour la prévention du suicide).
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si les écrans ou un autre comportement envahissent la vie de votre ado, parlons-en. Un premier échange aide à comprendre et à sortir du bras de fer.
15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio
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