Phobies : vaincre une peur qui bloque

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

Avion, conduite, hauteurs, vomir, sang, ascenseurs : une phobie est une alarme déréglée, le système de peur se déclenche à plein régime face à un danger qui ne le justifie pas. La personne le sait, et c’est bien le problème : savoir ne suffit pas. La bonne nouvelle : les phobies comptent parmi les difficultés qui répondent le mieux à un travail structuré, exposition progressive et EMDR en tête.

Phobie : gravir la peur palier par palier, comme un escalier

Vous savez parfaitement que l’avion est sûr. Vous avez lu les chiffres, vous les citez même aux autres. Et pourtant, trois semaines avant le vol, votre sommeil se dérègle ; à l’embarquement, vos jambes décident pour vous.

Ou c’est la conduite depuis ce jour-là sur l’autoroute. Les ascenseurs. Le sang. Cette peur de vomir qui décide des restaurants, des voyages, des soirées. Peu importe l’objet : le scénario est le même, une peur que votre raison désavoue et que votre corps impose. Alors vous évitez. Et votre monde, année après année, rétrécit poliment.

Ce mécanisme est l’un des mieux compris de la psychologie, et l’un de ceux qui se travaillent le mieux.

Une alarme déréglée, pas une faiblesse

La peur est un équipement de série : une alarme qui prépare le corps à fuir ou à se protéger. Dans la phobie, cette alarme s’est associée à un objet ou une situation précise, parfois après un événement marquant, parfois par apprentissage, parfois sans origine claire, et se déclenche désormais à pleine puissance, même quand la raison sait qu’il n’y a rien à craindre.

C’est pourquoi les arguments rationnels glissent : l’alarme ne parle pas la langue de la logique, elle parle la langue de l’expérience. Et c’est là que l’évitement, si compréhensible, devient le carburant du problème : chaque situation évitée souffle à l’alarme « tu as bien fait de sonner, la preuve, il ne s’est rien passé ». L’évitement soulage une heure et renforce des années.

S’ajoute souvent la peur de la peur : on ne redoute plus seulement l’avion, mais la panique qu’on y vivrait. La phobie devient alors un système à deux étages, et c’est précisément ce système que le travail thérapeutique démonte, étage par étage.

Le symptôme visibleCe qui se joue en profondeur
« Je sais que c’est irrationnel, mais… »L’alarme ne parle pas la langue de la raison, savoir ne désarme pas
Organiser sa vie pour contourner l’objetL’évitement qui soulage à court terme et renforce à long terme
Anticiper des semaines à l’avanceLa peur de la peur, le deuxième étage de la phobie
Y aller « quand même », au prix d’une épreuveL’endurance n’est pas l’exposition : subir crispé n’apprend rien à l’alarme
La honte d’une peur « ridicule »Un mécanisme universel, il n’y a rien de ridicule à avoir une alarme sensible

Ce qui marche, et pourquoi

Les thérapies comportementales et cognitives, dont l’efficacité sur les phobies est reconnue de longue date (l’INSERM l’a documenté dans son expertise des psychothérapies), reposent sur un principe simple : l’alarme ne se raisonne pas, elle se rééduque, par l’expérience. C’est l’exposition progressive : rencontrer l’objet de la peur par paliers choisis, assez petits pour être tenables, assez réels pour que l’alarme apprenne.

Quand la phobie s’est installée après un événement précis, un accident, un incident de vol, un malaise, l’EMDR complète utilement le travail : il désamorce la charge du souvenir d’origine, celui que l’alarme rejoue à chaque déclenchement. Les deux approches se combinent souvent.

Comment nous travaillons

1

Cartographier la phobie. Son objet exact, ses déclencheurs, son histoire, ses évitements, y compris les plus discrets. Et comprendre le mécanisme : savoir comment marche l’alarme ne la désarme pas, mais cela change tout pour la suite : on cesse de se battre contre soi.

2

Outiller le corps. Respiration, ancrage, gestion de la vague de panique : avant d’aller vers l’objet de la peur, on s’équipe, pour que l’exposition soit un apprentissage, pas une épreuve d’endurance.

3

Rééduquer l’alarme, palier par palier. Une échelle d’exposition construite ensemble, de l’image à la situation réelle, gravie à votre rythme, jamais en forçant. Et l’EMDR sur le souvenir fondateur quand il y en a un. Chaque palier franchi apprend à l’alarme ce que la raison savait déjà.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un homme que nous avons accompagné

Étude de cas

Gaël, quatre ans à éviter l’autoroute

Gaël, trente-deux ans, ne conduit plus sur autoroute depuis quatre ans, depuis un aquaplanage sans gravité mais terrifiant, un soir de novembre. Quatre ans de nationales, d’itinéraires à rallonge, d’excuses inventées auprès des collègues. Ce qui le décide à consulter : un poste qu’il vient de refuser, trop loin « par la départementale ».

Pour ma part, Franck, je l’écoute décrire son évitement avec une précision d’ingénieur, il connaît par cœur toutes les sorties qui permettent de quitter l’A77. Je lui fais remarquer ce paradoxe : il consacre plus d’intelligence à éviter l’autoroute que la plupart des gens à la prendre. Cette énergie-là, nous allons juste la faire changer de camp.

Nous commençons par le souvenir fondateur : l’aquaplanage, que Gaël revit encore au présent, les mains, la glissade, le rail. Quelques séances d’EMDR en estompent la charge : le souvenir devient un événement passé, désagréable mais classé. Puis l’échelle d’exposition : passager sur autoroute d’abord, puis conducteur sur une portion courte un dimanche matin, puis une sortie, puis deux.

Le palier décisif n’est pas le plus spectaculaire : c’est le jour où la vague d’angoisse monte au volant, et redescend sans qu’il s’arrête. « C’est là que j’ai compris, dira-t-il : je n’avais pas besoin que la peur disparaisse. J’avais besoin de savoir qu’elle redescendait. »

Quelques mois plus tard, Gaël roule sur autoroute, sans plaisir particulier, ce qui est exactement le but : l’autoroute est redevenue banale. Le poste refusé ne reviendra pas ; le suivant, il l’a accepté.

Prénom et détails modifiés.

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si une peur précise organise votre vie en silence, trajets, voyages, restaurants, soins médicaux évités ; si vous y allez « quand même » mais au prix d’une épreuve à chaque fois ; si votre phobie est née d’un événement précis que vous revivez encore.

Ce n’est pas le bon cadre seul si la peur s’étend à presque toutes les situations sociales ou s’accompagne d’attaques de panique répétées sans objet, d’autres tableaux, qui se travaillent aussi, mais autrement (voyez nos pages sur les crises de panique). Et la phobie de la maladie ou les symptômes physiques inexpliqués méritent d’abord un point médical.

Un premier pas, sans risque : écrivez la liste de vos évitements, tous, y compris les micro-détours dont personne ne sait rien. Ne changez rien encore ; mesurez juste le territoire que la peur occupe. C’est ce territoire que le travail vous rendra, palier par palier.

Questions fréquentes

Une phobie peut-elle disparaître complètement ?

Les phobies spécifiques répondent remarquablement bien au travail d’exposition, c’est l’une des indications les mieux établies des TCC. L’objectif réaliste : que la situation redevienne banale, pas forcément agréable. On ne vous demandera jamais d’aimer l’avion.

L’exposition, est-ce qu’on va me forcer ?

Jamais. L’exposition forçante est contre-productive : elle apprend à l’alarme que la situation est bien un danger. Les paliers sont choisis ensemble, tenables, et c’est vous qui décidez du rythme, la progressivité est la méthode, pas une concession.

Ma phobie n’a aucune origine que je connaisse. C’est grave ?

Non, et c’est fréquent : beaucoup de phobies s’installent sans événement fondateur identifiable. L’exposition progressive fonctionne avec ou sans origine connue, l’alarme se rééduque par l’expérience présente, pas par l’archéologie.

La peur de vomir (émétophobie) se travaille-t-elle aussi ?

Oui, c’est une phobie souvent invisible et très envahissante (restaurants, voyages, grossesse redoutée…). Le travail combine exposition adaptée et désamorçage de la peur de la peur, avec des aménagements spécifiques à cette phobie particulière.

EMDR ou exposition : comment choisit-on ?

Selon l’histoire : quand un souvenir précis alimente la phobie, l’EMDR le désamorce d’abord ; l’exposition rééduque ensuite l’alarme dans la situation réelle. Les deux se complètent, le plan se construit avec vous, à la première séance.

Combien de temps faut-il ?

Les phobies spécifiques font partie des travaux les plus courts de la psychothérapie, selon l’ancienneté, l’étendue des évitements et votre rythme. Sans calendrier imposé : l’alarme apprend à sa vitesse, et c’est elle qui décide.

FF

Franck Fournier

Psychopraticien certifié

Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il construit les échelles d’exposition avec méthode, et sans jamais forcer. En savoir plus →

CF

Cécile Fournier

Psychopraticienne certifiée

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle pratique l’EMDR pour désamorcer les souvenirs fondateurs des phobies post-événement. En savoir plus →

Sources

INSERM, expertise collective sur les psychothérapies : efficacité reconnue des TCC, notamment de l’exposition, dans les troubles phobiques. Voir aussi nos pages méthodes : TCC et EMDR.

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Une phobie ne se vainc pas en serrant les dents, elle se désapprend, comme elle s’était apprise. Et si, dans quelques mois, la situation qui décide aujourd’hui de vos trajets, de vos voyages ou de vos soirées redevenait ce qu’elle est pour tout le monde : un détail sans importance ?

Pour aller plus loin :

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