
Par Franck Fournier & Cécile Fournier · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 15 juin 2026
L’auto-sabotage, c’est se mettre soi-même en échec, souvent juste au moment où ça pourrait bien se passer. Derrière, il y a souvent une peur à apprivoiser, un travail qui relève du bien-être que l’OMS nomme santé mentale. Cet article s’adresse à celles et ceux qui se reconnaissent dans ce « je me mets des bâtons dans les roues ». Vous y trouverez des repères pour comprendre ce que ce réflexe protège, en repérer les signes, et entrevoir comment desserrer l’étau.
- → Reconnaissez les formes discrètes de l’auto-sabotage.
- → Comprenez la peur que ce mécanisme cherche à protéger.
- → Découvrez par où desserrer l’étau, pas à pas.
Tout allait bien. Le projet avançait, la relation prenait. Et puis, sans trop savoir pourquoi, vous avez laissé traîner ce message décisif. Vous avez trouvé une raison de tout remettre à plus tard. Vous avez lancé la petite phrase qui fâche.
Le lendemain, un soulagement bref, puis cette question lancinante : pourquoi est-ce que je me mets sans cesse des bâtons dans les roues, juste quand ça pourrait marcher ?
Qu’est-ce que l’auto-sabotage ?
L’auto-sabotage, c’est se mettre soi-même en échec, fuir, procrastiner, provoquer des conflits, renoncer juste avant de réussir. C’est souvent un mécanisme de protection contre une menace perçue (l’intimité, la réussite, le rejet) devenu contre-productif. Il se comprend, et se travaille.
Le mot fait peur, comme s’il désignait une volonté de se nuire. C’est rarement le cas. La plupart du temps, l’auto-sabotage est une vieille stratégie de sécurité : une part de vous préfère l’échec familier à une réussite qui exposerait, engagerait, ou pourrait être suivie d’une chute.
Autrement dit, ce n’est pas vous qui vous trahissez. C’est une part de vous, plus ancienne et plus craintive, qui tire le frein à main pour vous protéger d’un danger qu’elle croit réel.
Comprendre cela change tout : on ne combat pas un ennemi intérieur, on apprivoise une sentinelle trop zélée.
Pourquoi je sabote mes relations, amoureuses comme amicales ?
C’est souvent dans les liens que le sabotage est le plus visible, et le plus douloureux. À mesure que la proximité grandit, une alerte se déclenche : et si je m’attache et qu’on me laisse ? Alors, sans le décider, on éloigne l’autre avant qu’il ne parte.
En amour, cela prend mille visages : chercher la faille chez l’autre dès que tout va bien, multiplier les tests, devenir froid ou exigeant, ou provoquer la dispute qui éloigne. On détruit ce qu’on désire, pour ne pas risquer de le perdre par surprise.
Dans l’amitié, le mécanisme est plus silencieux : annuler au dernier moment, espacer les réponses, ne jamais proposer de soi-même. On garde les autres à distance « raisonnable », assez proches pour ne pas être seul, jamais assez pour être vraiment vu, donc vraiment exposé.
Quelles sont les causes de l’auto-sabotage ?
Derrière l’auto-sabotage, on retrouve presque toujours une croyance ancienne, forgée bien avant qu’on puisse la discuter : « je ne mérite pas », « ça finit toujours mal », « si on me connaît vraiment, on partira ». La thérapie des schémas nomme ces scénarios répétitifs installés dans l’enfance.
Deux peurs reviennent souvent. La peur de l’intimité : être vu de près, c’est risquer d’être rejeté pour de vrai. Et la peur de la réussite : réussir, c’est s’exposer, devoir tenir, et avoir désormais quelque chose à perdre.
L’échec, au moins, on le connaît. Il fait mal, mais il ne surprend pas. C’est un vieux manteau rugueux dont on connaît chaque accroc, et qu’on garde, parce que le froid du dehors fait plus peur que l’inconfort du dedans.
L’auto-sabotage, dans cette lecture, n’est pas un défaut de volonté. C’est une fidélité à une zone de confort connue, même quand cette zone fait souffrir. Et ce qui a été appris peut, patiemment, être réexaminé.
Les signes que vous vous auto-sabotez
Le sabotage avance masqué, souvent déguisé en bonnes raisons. Quelques signes qui reviennent :
- La procrastination sur ce qui compte le plus, jamais sur l’accessoire.
- Le conflit déclenché juste quand la relation devient sérieuse ou apaisante.
- Le perfectionnisme paralysant : tant que ce n’est pas parfait, on ne montre rien, donc on n’avance pas.
- Le renoncement à l’approche du but, comme si réussir était plus angoissant qu’échouer.
- Le discours intérieur dévalorisant qui prépare le terrain de l’échec (« de toute façon… »).
- La fuite dans les distractions ou la surcharge dès qu’un enjeu approche.
Aucun de ces signes, isolé, ne signe l’auto-sabotage. C’est leur répétition, toujours au même moment, celui où ça pourrait réussir, qui doit alerter.
Comment arrêter de se saboter ?
On n’arrête pas de se saboter par la seule volonté, sinon ce serait déjà fait. On y arrive en rendant le mécanisme visible, puis en vérifiant, par petites expériences, que la catastrophe qu’il anticipe n’arrive pas.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un homme que nous avons accompagné
Thomas, 38 ans, vient consulter parce qu’il « n’arrive pas à rester ».
À chaque fois qu’une relation devient sérieuse, elle parle d’emménager, d’avenir, il sent monter une irritation diffuse.
Il se met à critiquer des détails, à créer des distances, jusqu’à ce que l’autre, lassée, finisse par s’en aller. « Et là, dit-il, je suis presque soulagé. Puis dévasté. »
De mon côté, Franck, je ne vois pas un homme qui « fuit l’engagement ».
Je vois un garçon qui a appris, dans une maison où l’affection pouvait se retirer du jour au lendemain, qu’être attaché, c’est être à la merci.
Saboter avant d’être quitté, c’est garder la main. Tant que cette équation reste invisible, aucune résolution ne tiendra.
Nous regardons d’abord cette équation ensemble : d’où elle vient, ce qu’elle lui a coûté.
Avec la thérapie des schémas et la restructuration cognitive, nous débusquons la croyance, « si je m’attache, je serai abandonné »,
et le bénéfice caché du sabotage : l’illusion de contrôle.
Puis je lui propose quelque chose d’inconfortable : la prochaine fois que l’irritation montera, ne rien faire.
Juste la nommer, intérieurement, « voilà la sentinelle », et laisser passer trois jours avant toute décision.
Un sursis, pas une guérison. Le temps que le réflexe perde son automatisme.
Quelques mois plus tard, Thomas n’est pas devenu un autre. L’alerte monte encore. Mais il la reconnaît, l’accueille, et ne lui obéit plus aussitôt.
Pour la première fois, il est resté, non par héroïsme, mais parce que la menace d’hier a cessé de commander à sa place.
Prénoms et détails modifiés.
Le principe que ce cas illustre est simple : entre l’alerte et la réaction, on peut glisser un espace. C’est dans cet espace que le choix redevient possible. Selon les personnes, nous mobilisons la thérapie des schémas pour identifier la croyance, la restructuration cognitive pour interroger les pensées automatiques, ou la thérapie centrée sur les émotions pour accueillir ce qui monte sans le fuir.
Cette approche s’adresse à qui se reconnaît dans ces schémas et souhaite comprendre pour agir. Elle ne remplace pas un avis médical en cas de détresse intense ou d’idées noires, où un professionnel de santé doit être sollicité en priorité.
Un premier pas, ce soir, sans rendez-vous : repensez à la dernière fois où vous vous êtes mis un bâton dans les roues. Écrivez ce que vous avez évité en faisant ça. Souvent, la réponse n’est pas « la réussite », mais « le risque », et nommer ce risque, c’est commencer à le désamorcer.
Et si la part de vous qui sabote n’était pas votre ennemie, mais une vieille gardienne fatiguée ? Et si, au lieu de la combattre, vous pouviez lui montrer que le danger d’hier n’est plus là ?
Questions fréquentes sur l’auto-sabotage
Qu’est-ce que l’auto-sabotage ?
Se mettre soi-même en échec, fuir, procrastiner, provoquer des conflits, renoncer juste avant de réussir, souvent pour éviter une menace perçue : l’intimité, la réussite, le rejet. C’est un mécanisme de protection devenu contre-productif, qui se comprend et se travaille.
Pourquoi je sabote mes relations amoureuses ?
Souvent parce que la proximité réveille une peur ancienne : si je m’attache, je risque d’être abandonné. Saboter avant d’être quitté donne l’illusion de garder la main. On détruit ce qu’on désire pour ne pas risquer de le perdre par surprise.
Quelles sont les causes de l’auto-sabotage ?
Le plus souvent des croyances anciennes (« je ne mérite pas », « ça finit toujours mal ») et deux peurs fréquentes : la peur de l’intimité et la peur de la réussite. L’échec familier rassure davantage qu’une réussite qui exposerait.
Comment arrêter de se saboter ?
En rendant le mécanisme visible, en comprenant la peur qu’il protège, puis en glissant un espace entre l’alerte et la réaction, le temps que le réflexe perde son automatisme. Un accompagnement peut soutenir ce cheminement, à votre rythme.
L’auto-sabotage peut-il toucher la réussite professionnelle ?
Oui. Procrastination sur les dossiers décisifs, perfectionnisme paralysant, renoncement à l’approche d’une promotion : la réussite engage et expose, ce qui peut réveiller la même alerte que dans les liens. Le mécanisme et le travail sont les mêmes.
Franck Fournier
Psychopraticien certifié & coach
Ancien cadre et dirigeant pendant trente ans, il accompagne adultes, adolescents, couples et dirigeants avec un pragmatisme orienté solutions, et une sensibilité aux profils atypiques (HPI, hypersensibles). Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, en lien avec le CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. En savoir plus →
Cécile Fournier
Psychopraticienne certifiée
Thérapeute et experte en ingénierie pédagogique (Master en Sciences de l’Éducation), elle ancre ses accompagnements dans la psychoéducation : comprendre ses mécanismes pour devenir acteur de son changement. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. En savoir plus →
Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si vous vous reconnaissez, une première séance, sans engagement, permet d’y voir plus clair.
Pré-consultation téléphonique offerte (15 min) · sans engagement · Montargis ou visio
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