Par Franck Fournier & Cécile Fournier
· sexothérapeutes · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 9 juin 2026
Des préférences sexuelles divergentes, fantasmes, scénarios, curiosités, ne sont pas un problème d’incompatibilité, mais de dialogue. Cet article s’adresse aux couples coincés dans le silence ou le conflit autour de leurs imaginaires. Nous montrons comment transformer le désaccord érotique en territoire commun, sans renoncement ni pression, au cabinet, à Montargis, ou en visio.

Ce que cet article vous aide à faire :
- Distinguer le fantasme à partager de celui qui reste précieux en restant secret.
- Comprendre ce qu’un fantasme dit vraiment, sans le confondre avec une demande.
- Ouvrir un dialogue érotique sécurisé, sans rien imposer à l’autre.
Si vous vous reconnaissez, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet d’y voir plus clair, prendre rendez-vous.
Quand un fantasme devient une frontière
Vous l’avez peut-être glissé un soir, du bout des lèvres. Une envie, une curiosité, une image. Et le silence est tombé. Ou pire : un regard. Celui qui dit « je ne te reconnais pas ». Depuis, vous vous taisez.
Ou alors c’est vous qui avez reçu l’aveu. Vous avez souri pour ne pas blesser. Mais à l’intérieur, vous vous êtes senti heurté, presque trahi, sans bien savoir pourquoi.
Cette gêne, nous la croisons dans une grande part des thérapies de couple. Et il y a une chose à poser d’emblée, pour vous deux : un fantasme n’est pas une trahison. C’est une langue. Quand vous ne parlez pas la même, vous n’êtes pas incompatibles, vous n’avez pas encore appris à vous traduire.
Vous ne l’avez peut-être jamais formulé, alors disons-le : avoir une part d’imaginaire que l’autre ne partage pas n’a rien d’anormal. Le silence, lui, fait plus de dégâts que l’aveu maladroit.
On croit qu’entendre un fantasme, c’est recevoir une demande à exécuter. La réalité, c’est qu’un fantasme n’est presque jamais littéral : il raconte une histoire que le corps a besoin de se dire, pas un programme à réaliser. Confondre « j’imagine » et « j’exige », c’est transformer une confidence en menace. Ce n’est pas la divergence qui abîme le couple ; c’est l’absence d’un cadre pour la dire.
Imaginez pouvoir parler de votre désir sans plaider votre cause. Entendre celui de l’autre sans devoir le valider. Et trouver, au croisement, un terrain assez large pour respirer à deux. C’est aussi cela, une santé sexuelle au sens de l’OMS : un bien-être partagé, pas une norme de performance.
Pourquoi nos imaginaires divergent
Faut-il vouloir réaliser tout ce qu’on imagine ? Non, et c’est même souvent l’inverse. Un fantasme tient sa charge de son caractère non réalisé. Le mettre en acte, parfois, l’éteint. Une part de l’imaginaire demande à être partagée ; une autre est précieuse précisément parce qu’elle reste imaginaire.
Et l’autre, est-il « anormal » d’avoir des images qu’on ne comprend pas ? Hors des situations de non-consentement, qui relèvent d’un tout autre cadre, la plupart des fantasmes racontent une économie intérieure : un besoin de jeu, de confiance, de lâcher-prise, de transgression symbolique. C’est du langage, pas une pathologie.
Derrière les phrases qui blessent se cachent, presque toujours, des besoins qui n’ont pas trouvé leurs mots.
| Ce qui se dit | Ce qui se joue en dessous |
|---|---|
| « Tu veux ça, donc tu ne m’aimes pas » | Un besoin d’être rassuré sur le lien, l’attachement |
| « Si je te raconte, tu vas me juger » | Un besoin de sécurité pour oser se montrer |
| « C’est dégoûtant » | Le droit de poser une limite, sans honte ni reproche |
| « Je ne te suffis pas » | La confusion entre fantasme et insatisfaction |
| « Si je dis non, tu iras voir ailleurs » | Une peur d’abandon, un chantage ressenti à désamorcer |
Notre façon d’accompagner : ouvrir le dialogue en trois temps
Le couple est reçu par nous deux, une double lecture, féminine et masculine. Pour les imaginaires divergents, nous suivons un itinéraire en trois temps, dans cet ordre exact. L’ordre n’est pas négociable : c’est lui qui rend l’échange sûr.
Le cadre de parole (nommer sans engager). Avant tout partage, le couple convient d’une règle simple : ce qui sera dit ne pourra être ni retourné contre l’autre, ni reçu comme une demande d’action. On dissocie la parole de l’agir.
La carte des trois zones. Chacun, de son côté, range ses imaginaires en trois espaces : à partager et explorer, à partager mais garder symbolique, à garder pour soi. Cette simple tripartition désamorce l’angoisse du tout-ou-rien.
Le croisement. On met en commun les zones « à partager » et l’on cherche non pas l’intersection des pratiques, mais celle des fonctions : besoin de jeu, de confiance absolue, de tendresse intense. C’est là que naît le territoire commun.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné
Inès et Adrien, un fantasme reçu comme une agression
Inès et Adrien sont ensemble depuis huit ans. Tout a basculé le soir où Adrien a confié à Inès un fantasme, une envie de jeu, de rôles. Élevée dans un milieu où l’on ne parlait pas de ces choses, Inès l’a reçu comme une agression. Depuis, le sujet est miné.
Pour ma part, Cécile, je reçois d’abord Inès. Elle pleure ; elle ne comprend pas comment celui qu’elle aime « peut imaginer ça ». Je ne valide pas son interprétation, mais je valide totalement son ressenti, les deux doivent tenir ensemble. Sous la colère, j’entends surtout une peur : celle de ne plus suffire.
De mon côté, Franck, j’accompagne Adrien. Il oscille entre la honte d’avoir parlé et la colère que sa parole ait été reçue comme une attaque. Je l’aide à dire ce que son fantasme fait pour lui, plutôt que ce qu’il est : un besoin de confiance totale, de pouvoir tout déposer sans être jugé.
En séance à quatre, nous posons d’abord le cadre de parole. C’est presque solennel, et la tension retombe aussitôt dans la pièce. Puis chacun trace sa carte des trois zones. Inès découvre qu’elle a, elle aussi, des imaginaires qu’elle avait enfouis, et une zone bien à elle, qu’elle tient pour précieuse. Cette découverte change tout son regard sur Adrien.
Adrien, lui, reclasse son fantasme : il appartenait en réalité à la zone « à partager mais garder symbolique ». Il voulait qu’Inès sache qu’il avait cette image, pas forcément la jouer. Quand Inès l’entend, elle reste un instant interdite : elle avait réagi à une demande qui n’en était pas une.
Au croisement, nous relions les deux besoins, sa soif de confiance à lui, sa soif de lenteur et de tendresse à elle. Ce ne sont pas des contraires : ce sont deux visages d’une même demande de sécurité. Quelques mois plus tard, leur intimité s’est transformée, non par de nouvelles pratiques, mais par la présence, enfin, d’un dialogue.
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pour qui cette approche, et pour qui pas
Le principe : ce n’est presque jamais le fantasme qui menace le couple, c’est l’absence de cadre pour le dire. Restaurez le cadre, et la divergence cesse d’être une faille pour devenir un espace d’exploration, ou de respect mutuel des limites.
Cette approche est pour les couples qui veulent réconcilier l’honnêteté et la sécurité, et qui acceptent de découvrir leur propre carte avant d’exiger celle de l’autre. Elle peut se commencer à deux, ou seul·e d’abord.
Elle ne convient pas lorsqu’un partenaire veut imposer une pratique non consentie, ni quand le fantasme sert d’arme de pression. Là, ce n’est plus de la négociation érotique : c’est une question de consentement et de sécurité, et c’est cela qu’on traite d’abord.
Un premier pas, ce soir. Prenez une feuille, tracez trois colonnes : à partager et explorer / à partager mais garder symbolique / à garder pour soi. Ne partagez rien encore. Cartographiez, seul·e. Vous découvrirez peut-être que beaucoup de vos images appartiennent à la troisième colonne, et que c’est parfaitement sain.
Et si parler devenait possible ?
Et si, dans quelques mois, vous pouviez évoquer votre désir sans rougir ? Et si votre partenaire devenait votre confident plutôt que le juge de votre imaginaire ?
Et si sortir du silence ne menait pas au chaos, mais simplement à un peu plus de vérité entre vous ?
Questions fréquentes
Que faire si un fantasme de mon partenaire me dérange profondément ?
Votre gêne est une donnée légitime, à entendre, pas un échec à corriger. Le travail consiste à distinguer ce qui demande à être actualisé de ce qui peut rester symbolique, et à poser vos limites sans honte. Personne n’a à réaliser quoi que ce soit pour prouver son amour.
Faut-il tout se dire dans un couple ?
Non. La zone « à garder pour soi » est légitime. Une part d’intimité strictement personnelle ne menace pas le couple, elle le préserve, au contraire, d’une transparence qui virerait à l’intrusion.
Avoir des fantasmes inhabituels, est-ce un trouble ?
Dans la grande majorité des cas, non : les fantasmes sont une production normale de la psyché. La seule ligne qui compte est celle du consentement. Une image qui implique l’absence de consentement relève d’un autre cadre, qui ne fait pas l’objet de cet accompagnement.
Comment réagir si mon partenaire refuse ce que je propose ?
En accueillant son refus comme une information sur ses limites, pas comme un rejet de vous. On cherche alors non pas la pratique commune, mais la fonction commune : ce que chacun vient chercher (jeu, confiance, tendresse) se rejoint souvent ailleurs.
Faut-il consulter dès qu’il y a une divergence ?
Non. Beaucoup de couples règlent ces écarts seuls. La consultation devient utile quand le sujet devient impossible à aborder, ou qu’il alimente un conflit qui revient sans cesse.
La pornographie influence-t-elle nos attentes ?
Souvent, oui, et c’est un point que nous travaillons. Distinguer un désir qui vous appartient d’un scénario importé par les images fait partie du chemin vers une intimité plus juste.
Franck Fournier
sexothérapeute · psychopraticien certifié
Psychopraticien certifié & coach professionnel, cofondateur de l’Institut Self Attitude à Montargis. Avec Cécile, il reçoit les couples en co-thérapie croisée, une double lecture féminine et masculine. Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. En savoir plus →
Cécile Fournier
sexothérapeute · psychopraticienne certifiée
Psychopraticienne certifiée, thérapeute & experte en ingénierie pédagogique, cofondatrice de l’Institut Self Attitude. Formée aux Sciences de l’Éducation, elle ancre ses accompagnements dans la psychoéducation et l’attachement adulte. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. En savoir plus →
Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si le dialogue sur votre intimité s’est bloqué, parlons-en. Un premier échange permet de poser un cadre où chacun peut enfin se dire, sans crainte.
15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio
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