Colère envers ses parents : ce qu’elle signale

En bref

Être en colère contre ses parents à l’âge adulte n’est ni anormal ni honteux. Cette colère signale presque toujours la même chose : une règle qui existait, et qui n’a pas protégé. Sa difficulté propre tient à ce qu’elle n’a souvent aucun destinataire disponible — le parent est mort, ou n’a pas changé, ou ne reconnaîtra jamais. Elle reste alors entière et sans issue apparente, ce qui explique qu’elle dure. Ce qui s’apaise, ce n’est pas le jugement : c’est la charge.

Colère envers ses parents : album photo ancien fermé, posé sur une table en bois clair

Il y a peu de colères aussi encombrantes que celle-ci. Non pas parce qu’elle serait plus forte, mais parce qu’elle arrive avec une injonction : on doit à ses parents.

La personne se retrouve donc à porter deux choses en même temps — ce qu’elle éprouve, et le sentiment de ne pas avoir le droit de l’éprouver.

Nous ne trancherons rien à votre place dans cet article. Nous ne recommanderons ni de renouer, ni de couper, ni de tourner la page. Ces décisions vous appartiennent, et les imposer serait une contrainte de plus.

Ce que cette colère signale

Une colère invoque toujours une règle. C’est ce que nous observons de façon très constante : ce qui se déclenche, ce n’est pas la contrariété, c’est le franchissement de quelque chose qu’on tenait pour acquis.

Dans le cas des parents, la règle est particulièrement ancienne et particulièrement forte. Un enfant a besoin d’être protégé, considéré, tenu en sécurité — et il ne s’agit pas d’une préférence, il s’agit d’une nécessité.

Quand cela n’a pas eu lieu, ou pas suffisamment, la colère qui en découle n’a rien d’excessif. La règle existait, elle n’a pas protégé.

Selon la théorie de la recalibration, proposée par Aaron Sell, John Tooby et Leda Cosmides dans une étude publiée en 2009 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, la colère se déclencherait au signe que quelqu’un accorde trop peu de poids à notre bien-être dans ses décisions. Appliquée ici, cette lecture explique pourquoi elle ne s’éteint pas avec le temps : la question de savoir combien on comptait n’a jamais reçu de réponse.

C’est une distinction que nous tenons à faire : cette colère ne relève pas d’un ressentiment mal digéré. Elle porte une question précise, et cette question est restée ouverte.

Nous observons d’ailleurs que la colère ne s’arrête pas à vouloir être entendue. Ce qu’elle cherche, au fond, c’est que l’autre voie ce qu’il a fait, et le répare.

C’est précisément pourquoi celle-ci pèse si longtemps. Une reconnaissance du bout des lèvres, un « c’était une autre époque » qui clôt la conversation, ne referment rien — il manque la réparation, et elle ne viendra pas toujours.

Une colère qui ne rejoue pas, une colère qui s’adresse

Il faut distinguer deux choses que l’on confond souvent.

D’un côté, ce qui s’est installé et qui se rejoue aujourd’hui avec d’autres personnes — un conjoint, un supérieur, un ami. Ce sont des fonctionnements appris, et ils se travaillent pour eux-mêmes : nous le faisons dans les blessures de l’enfance.

De l’autre, l’émotion qui s’adresse à des personnes vivantes, maintenant : le repas de famille qui approche, le coup de téléphone qu’on n’a pas rendu, la question de savoir si l’on y va cette année.

C’est de cette seconde chose que nous parlons ici. Elle ne concerne pas des mécanismes mais des gens réels, avec qui il faut décider quelque chose.

Quand elle vise l’un plutôt que l’autre

La colère se dirige rarement de la même manière vers les deux parents, et ce n’est pas une question de gravité relative.

Le plus souvent, elle vise en priorité celui dont on attendait le plus — celui qui était supposé protéger, ou celui qui était présent. Ce n’est pas nécessairement celui qui a fait le plus de mal.

C’est un renversement qui déroute beaucoup de personnes. On peut être plus en colère contre le parent qui n’a pas empêché que contre celui qui a fait, précisément parce qu’on comptait davantage sur le premier.

Se rendre compte de cela ne réhabilite personne et ne redistribue aucune responsabilité. Cela permet simplement de comprendre pourquoi la colère se répartit d’une manière qui semble injuste, y compris à celui qui la porte.

Que faire quand personne ne reconnaîtra jamais rien ?

C’est la situation la plus fréquente, et la plus difficile.

Le parent est mort. Ou il est vivant, mais il n’a pas changé. Ou il reconnaît une version des faits qui n’est pas la vôtre. Dans les trois cas, la reconnaissance que vous attendez ne viendra pas.

Ce constat est brutal, et beaucoup de personnes le refusent longtemps — ce qui se comprend, puisque l’accepter revient à renoncer à quelque chose de légitime.

Ce que nous observons, c’est que le travail ne consiste pas à obtenir cette reconnaissance ni à s’en passer héroïquement. Il consiste à la déplacer : la colère a besoin d’être entendue, elle n’a pas besoin d’être entendue par eux.

Dire ces choses, précisément, à quelqu’un qui les reçoit sans les corriger produit un effet que la plupart des gens n’anticipent pas. La charge baisse alors même que rien n’a changé du côté des parents.

Ce n’est pas un substitut de seconde zone. C’est souvent la seule voie disponible, et elle fonctionne.

Couper, espacer, rester

Nous n’avons aucune recommandation à faire sur ce point, et nous nous méfions de ceux qui en ont.

Couper les ponts est parfois ce qui permet de tenir debout, et parfois une décision qui laisse un vide plus lourd que ce qu’elle règle. Rester en contact protège parfois un lien qui compte, et parfois maintient une situation qui abîme.

Ce que nous pouvons faire, c’est vous aider à décider en connaissance de cause plutôt que sous le coup de l’épisode le plus récent — et sans que la décision soit dictée par la culpabilité d’un côté ou par la colère de l’autre.

Il existe aussi des positions intermédiaires que l’on envisage peu : espacer, limiter les contextes, décider à l’avance de la durée d’une visite. Elles conviennent souvent mieux que les deux options extrêmes.

Une dernière remarque, parce qu’elle revient constamment : une décision prise n’a pas à être définitive pour être valable. Beaucoup de personnes s’interdisent d’espacer parce qu’elles croient devoir choisir pour toujours.

Quand cet accompagnement n’est pas la bonne réponse

Ce travail suppose que vous soyez aujourd’hui en sécurité. Si la relation avec un parent expose encore à des violences, ce n’est pas la colère qu’il faut traiter en premier.

Le 3919 est joignable gratuitement et anonymement pour les violences intrafamiliales, quel que soit votre âge.

Et si le fait de rouvrir ces questions s’accompagne d’un désespoir envahissant, le 3114 répond 24 h/24 — parler d’abord à quelqu’un est parfois l’étape qui doit précéder tout le reste.

Questions fréquentes

Comment ne plus en vouloir à ses parents ?

Ce qui s’apaise n’est pas le jugement porté sur ce qui s’est passé, mais la charge que vous portez. Cesser de vouloir n’est donc pas l’objectif — et personne ne devrait vous prescrire une issue particulière. Ce qui allège, c’est d’avoir enfin dit ces choses précisément à quelqu’un qui les reçoit sans les corriger.

Est-ce normal d’être encore en colère contre ses parents à l’âge adulte ?

Oui, et c’est beaucoup plus fréquent que ce que les conversations laissent paraître. Cette colère ne s’éteint pas avec le temps parce que la question qu’elle pose — combien est-ce que je comptais ? — n’a jamais reçu de réponse. Son ancienneté n’est donc pas le signe d’un problème, mais d’une question restée ouverte.

Faut-il en parler à ses parents ?

C’est une décision qui vous appartient, et elle n’a rien d’obligatoire. Une conversation de ce type peut ouvrir quelque chose ; elle peut aussi se heurter à un déni qui ajoute une blessure à la précédente. Ce qui aide à décider, c’est de savoir ce que vous en attendez précisément — et si vous pourriez le supporter de ne pas l’obtenir.

Que faire quand le parent est mort ou ne reconnaîtra jamais ?

La colère a besoin d’être entendue, elle n’a pas besoin d’être entendue par eux — c’est le déplacement qui rend la situation praticable. Dire ces choses à quelqu’un qui les reçoit sans les corriger fait baisser la charge alors même que rien n’a changé de leur côté. Ce n’est pas un pis-aller : c’est souvent la seule voie, et elle fonctionne.

Couper les ponts est-il la seule issue ?

Non, et il existe entre les deux extrêmes des positions qu’on envisage rarement : espacer, limiter les contextes de rencontre, décider à l’avance de la durée d’une visite. Une décision n’a pas non plus à être définitive pour être valable — beaucoup de personnes s’interdisent d’espacer parce qu’elles croient devoir choisir une fois pour toutes.

Franck Fournier Psychopraticien certifié · sexothérapeute

Psychopraticien certifié, cofondateur de l'Institut Self Attitude. Il accompagne les adultes pour dépasser les crises de l'existence, mieux se connaître, réguler leurs émotions, se libérer des traumatismes et retrouver une sexualité épanouissante. Formé chez Symbiofi (Qualiopi, DPC, appui CHU de Lille) et à l'AFPRA.

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Cécile Fournier Psychopraticienne certifiée · sexothérapeute

Psychopraticienne certifiée, cofondatrice de l'Institut Self Attitude. Elle accompagne les adultes pour dépasser les crises de l'existence, mieux se connaître, réguler leurs émotions, se libérer des traumatismes et retrouver une sexualité épanouissante. Formée chez Symbiofi (Qualiopi, DPC, appui CHU de Lille) et à l'AFPRA.

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Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Ces choses se disent rarement à l’entourage, qui connaît souvent les personnes concernées. Les dire ailleurs, à quelqu’un de neutre, change déjà quelque chose.

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Si cette colère ne se dit jamais et ressort ailleurs, voyez la colère refoulée. Pour travailler ce qui se rejoue aujourd’hui dans vos autres relations, la thérapie des schémas. Le parcours complet est présenté sur thérapie de la colère.

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