Insomnie : retrouver le sommeil

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

L’insomnie qui dure est rarement un problème de sommeil : c’est le plus souvent un problème de peur du sommeil, la nuit devient un enjeu, le lit un ring, et l’effort pour dormir empêche de dormir. La thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), recommandée en première intention, désamorce ce cercle. Les causes médicales, elles, relèvent du médecin.

Insomnie : un lit redevenu lieu de repos au petit matin

3 h 47. Vous connaissez ce chiffre par cœur, c’est l’heure où vous calculez. « Si je m’endors maintenant, il me reste trois heures et demie. » À 4 h 15, le calcul recommence, en pire.

Le plus étrange, c’est ce qui se passe le soir : à 22 h, dans le canapé, vous tombez de sommeil. Vous vous couchez, et tout se rallume, comme si votre lit était branché sur un interrupteur. Alors la journée se passe à redouter la nuit, et la nuit à payer la journée.

Si ce scénario est le vôtre depuis des semaines ou des années, ce qui suit devrait vous intéresser : ce cercle a une mécanique connue, et une sortie balisée.

Quand l’insomnie s’auto-entretient

Une mauvaise nuit, tout le monde connaît : un souci, un café tardif, une contrariété. L’insomnie qui s’installe, c’est autre chose : le problème initial a souvent disparu, mais l’insomnie, elle, est restée, parce qu’elle a appris à se nourrir d’elle-même.

Le mécanisme, bien décrit par la médecine du sommeil, s’appelle l’insomnie psychophysiologique : à force de mal dormir, on se met à craindre de mal dormir. Cette crainte active exactement le système d’éveil qu’il faudrait éteindre. Et le lit, à force d’être le lieu de la lutte, devient un signal d’alerte : le corps a associé l’oreiller au combat, pas au repos, d’où ce paradoxe de s’endormir au salon et de se réveiller en se couchant.

S’ajoutent les rustines qui aggravent : se coucher plus tôt « pour mettre toutes les chances de son côté » (et passer plus de temps éveillé au lit), faire la grasse matinée le week-end (et décaler l’horloge), surveiller son sommeil à la montre connectée (et transformer chaque nuit en bulletin de notes).

Le réflexe compréhensibleCe qu’il produit en réalité
Se coucher plus tôt « au cas où »Plus de temps éveillé au lit, l’association lit-lutte se renforce
Rester au lit « pour se reposer quand même »Le cerveau apprend que le lit est un lieu d’éveil
Calculer les heures restantesUne pression de performance qui réveille davantage
Tout miser sur « dormir à tout prix »Le sommeil fuit précisément ce qu’on lui ordonne
Grasses matinées et siestes de rattrapageUne horloge interne décalée, la nuit suivante en pâtit

La part du médecin, et la nôtre

Toutes les insomnies ne se valent pas, et certaines causes relèvent d’abord du médecin : apnées du sommeil (ronflements, pauses respiratoires, somnolence diurne), syndrome des jambes sans repos, douleurs, effets de médicaments, dépression caractérisée. Si le doute existe, la première étape est médicale, et les somnifères, quand ils sont prescrits, sont une affaire entre vous et votre médecin, jamais une décision à prendre seul, ni à arrêter seul.

Notre territoire, c’est l’insomnie qui s’auto-entretient, la plus fréquente quand elle devient chronique. Pour elle, la référence est la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I), recommandée en première intention par les sociétés savantes du sommeil, devant les traitements médicamenteux au long cours. C’est un travail structuré, concret, et étonnamment contre-intuitif.

Comment nous travaillons

1

Observer avant de corriger. Deux semaines d’agenda du sommeil, heures réelles, réveils, état au lever, sans rien changer. On découvre souvent que le sommeil réel est moins catastrophique que le sommeil perçu, et surtout où le cercle se referme.

2

Réassocier le lit au sommeil. C’est le cœur de la TCC-I, et sa part contre-intuitive : resserrer le temps passé au lit sur le temps réellement dormi, sortir du lit quand l’éveil s’éternise, réserver le lit au sommeil. Exigeant quelques semaines, c’est là qu’un accompagnement fait la différence avec les conseils lus partout et jamais tenus.

3

Désarmer la peur de la nuit. Travailler les pensées catastrophes (« demain sera un enfer »), la pression de performance, et ce que la nuit réveille, ruminations, anxiété de fond. Car souvent, l’insomnie garde la porte d’autre chose, qu’on traite dans le même mouvement.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un homme que nous avons accompagné

Étude de cas

Nicolas, l’insomnie restée après la tempête

Nicolas, quarante-six ans, ne dort plus « normalement » depuis un épisode professionnel difficile, il y a deux ans. L’épisode est réglé depuis longtemps ; l’insomnie est restée. Son médecin a écarté les causes organiques et soutient la démarche comportementale.

Pour ma part, Franck, je lui demande de me raconter non pas ses nuits, mais ses soirées. Tout y est : la télé écoutée d’une oreille en surveillant l’heure, le coucher à 21 h 30 « pour prendre de l’avance », la tisane, les bouchons, le noir total, un rituel de siège. Nicolas ne se couche plus : il monte au front.

L’agenda du sommeil révèle le châssis du problème : dix heures passées au lit pour six heures dormies, éparpillées. Nous resserrons, coucher à minuit, lever à 6 h 30, même le dimanche, et hors du lit dès que l’éveil s’installe. Les deux premières semaines sont rudes, je ne le lui cache pas ; il me traite un soir, en riant à moitié, de « coach le plus cruel du Loiret ».

Puis la pression du sommeil fait son travail : les nuits se densifient, le lit redevient un signal de sommeil. En parallèle, nous désarmons les pensées de 3 h du matin, ce tribunal nocturne où Nicolas rejugeait sa journée et prédisait l’effondrement du lendemain. Il apprend à leur répondre le jour, sur papier, plutôt que la nuit, dans le noir.

Quelques mois plus tard, Nicolas dort, pas comme à vingt ans, comme à quarante-six : des nuits honnêtes, des réveils brefs qui ne déclenchent plus de calcul. « Le plus étrange, dit-il, c’est que j’ai retrouvé le sommeil le jour où j’ai arrêté de me battre pour lui. »

Prénom et détails modifiés.

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si votre insomnie dure depuis plus de trois mois et s’auto-entretient ; si vous redoutez la nuit avant même qu’elle commence ; si vous avez « tout essayé », tisanes, applis, hygiène du sommeil, sans toucher au mécanisme de fond.

Ce n’est pas le bon cadre seul si des signes évoquent une cause médicale (ronflements avec pauses, somnolence diurne marquée, douleurs, dépression installée) : le médecin d’abord, nous travaillons ensuite en complément, y compris pendant un sevrage de somnifères décidé et encadré par lui.

Un premier pas, sans risque : cette nuit, tournez le réveil contre le mur et laissez la montre connectée au salon. Une seule consigne : ne plus connaître l’heure de vos réveils. Beaucoup découvrent que la moitié de leur détresse nocturne venait du chiffre, pas de l’éveil.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la TCC de l’insomnie (TCC-I) ?

Un programme structuré qui agit sur les comportements (temps au lit, horaires, association lit-sommeil) et les pensées (peur de la nuit, performance) qui entretiennent l’insomnie. Elle est recommandée en première intention pour l’insomnie chronique, avant les traitements au long cours.

Pourquoi je m’endors au salon et plus dans mon lit ?

Parce que le canapé est resté un lieu sans enjeu, tandis que le lit est devenu le lieu du combat. C’est un conditionnement, et il se renverse : c’est exactement ce que travaille la réassociation lit-sommeil de la TCC-I.

Faut-il arrêter les somnifères pour commencer ?

Non, et surtout pas seul. Les traitements relèvent de votre médecin ; le travail comportemental peut commencer avec ou sans, et accompagner un sevrage si le médecin le décide. Les deux démarches se complètent.

Et si mon insomnie venait des apnées du sommeil ?

Ronflements marqués, pauses respiratoires signalées par le conjoint, somnolence en journée : ces signes méritent une consultation médicale, éventuellement un enregistrement du sommeil. C’est un préalable, le travail comportemental vient après, ou en complément.

Les écrans sont-ils vraiment le problème ?

Ils n’aident pas, lumière et stimulation retardent l’endormissement, mais ils sont rarement la cause d’une insomnie chronique. Beaucoup d’insomniaques sans écran ne dorment pas mieux : le cœur du problème reste le cercle peur-lutte-éveil.

Pourquoi mes ruminations choisissent-elles 3 h du matin ?

La nuit, le cerveau émotionnel veille sans le contrepoids du raisonnement complet : les soucis y paraissent plus gros, plus définitifs. Si vos nuits servent de tribunal à vos journées, c’est souvent le signe d’une anxiété de fond, qui se travaille, elle aussi.

FF

Franck Fournier

Psychopraticien certifié

Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il accompagne le volet comportemental et anxieux de l’insomnie, en lien avec le médecin. En savoir plus →

CF

Cécile Fournier

Psychopraticienne certifiée

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Sa psychoéducation du sommeil aide à comprendre le mécanisme, premier pas pour s’en défaire. En savoir plus →

Sources

INSERM, dossiers sur le sommeil et l’insomnie. Recommandations des sociétés savantes du sommeil (européennes et françaises) : la TCC-I est le traitement de première intention de l’insomnie chronique. Réseau Morphée, information sur les troubles du sommeil. Les causes médicales et les traitements relèvent du médecin.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Si vos nuits sont devenues un combat, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet de voir si le cercle peut se défaire, en cabinet à Montargis ou en visio.

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15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio

Le sommeil ne se conquiert pas, il revient quand on cesse de l’assiéger. Et si, dans quelques mois, 3 h 47 redevenait ce que c’a toujours été pour les bons dormeurs : une heure que vous ne connaissez même pas ?

Pour aller plus loin :

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