Épreuves familiales : tenir à deux

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
thérapeutes de couple · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

Infertilité, parcours PMA, deuil, enfant à besoins spécifiques, adoption : certaines épreuves dépassent le couple qui les traverse. Y faire face mobilise ce que l’OMS appelle la santé mentale : l’état de bien-être qui permet d’affronter le stress de la vie. Ce qui isole le plus n’est souvent pas l’épreuve elle-même, mais le décalage : les deux partenaires ne la vivent ni au même rythme ni de la même manière. Reconnaître ce décalage, sans le juger, est souvent le premier pas pour traverser à deux plutôt que côte à côte.

Épreuves familiales : traverser à deux l'infertilité, le deuil ou le handicap

Sur la porte du réfrigérateur, un calendrier aimanté, couvert de codes que seul l’un de vous deux sait encore déchiffrer. Dans le couloir, une porte qu’on n’ouvre plus de la même façon. Dans l’agenda, des rendez-vous médicaux qui ont remplacé les week-ends.

Quand une épreuve s’installe dans une famille, elle ne prévient pas et ne demande l’avis de personne. Et très vite, une question discrète se glisse entre les deux personnes qui la traversent : pourquoi est-ce que nous ne la vivons pas pareil ?

Cette page parle de ces épreuves familiales, l’enfant qui ne vient pas, l’enfant qu’on a perdu, l’enfant qui demande plus que les autres, et de ce qu’elles font au couple. Sans recette, sans promesse. Avec ce que nous voyons, séance après séance : on peut tenir à deux.

Quand les épreuves familiales frappent le couple

La même épreuve ne frappe jamais deux personnes de la même manière. L’un a besoin d’en parler, l’autre s’anesthésie dans l’action. L’un pleure tôt, l’autre tard, ou ailleurs, ou jamais devant témoin. L’un veut encore espérer, l’autre a besoin de se protéger de l’espoir.

Ce décalage est normal. Mais quand il n’est pas nommé, chacun l’interprète : le silence de l’autre devient de l’indifférence, ses larmes deviennent du reproche, son activisme devient de la fuite. L’épreuve ne sépare pas le couple ; c’est l’interprétation mutuelle du décalage qui s’en charge.

C’est pourquoi, contrairement à une idée reçue, une épreuve ne « soude » ni ne « détruit » mécaniquement un couple. Elle amplifie ce qui est là : les ressources comme les failles. Et elle peut devenir, avec un appui, l’occasion d’apprendre à se rejoindre dans la différence, ce qu’aucune période heureuse n’enseigne vraiment.

Le symptôme visibleCe qui se joue en profondeur
« Il/elle n’en parle jamais »Une autre manière de porter la même douleur
Chacun pleure de son côtéLa peur d’écraser l’autre avec son propre chagrin
La sexualité devenue technique ou absenteUn corps médicalisé ou un élan en veille, pas un désamour
Des disputes sur l’organisation, jamais sur le fondL’épreuve elle-même, devenue trop lourde pour être dite

Infertilité et PMA : le couple sous protocole

Le parcours d’infertilité met le couple sous une double pression. Il y a d’abord l’asymétrie des vécus : la personne dont le corps porte les protocoles, le plus souvent la femme, vit dans sa chair ce que l’autre observe. Et celui qui observe développe sa propre souffrance, rarement écoutée : l’impuissance, la culpabilité parfois, et l’interdiction qu’il se donne d’être triste « puisque ce n’est pas lui qui subit ».

Il y a ensuite les deuils silencieux. Chaque cycle qui n’aboutit pas est une perte réelle, et aucun rituel social n’existe pour la pleurer. Ces deuils s’accumulent sans être nommés, et c’est leur accumulation muette, plus que chaque échec isolé, qui épuise.

Il y a enfin la sexualité, que le calendrier médical transforme peu à peu en acte technique. Protéger une intimité de couple distincte de la sexualité de reproduction, des moments où rien n’est tenté, où rien n’est mesuré, est l’une des protections les plus précieuses de cette traversée. Le parcours, lui, est encadré médicalement (l’Agence de la biomédecine en définit le cadre en France) ; le couple, en revanche, n’a pas d’équipe attitrée. C’est cette place-là que nous occupons, en complément du suivi médical, jamais à sa place.

Le deuil, à deux vitesses

Perdre un enfant, avant la naissance ou après, est une épreuve dont on ne « revient » pas au sens où on reviendrait à l’état antérieur. Chaque deuil a son rythme propre, et il n’existe pas d’étapes obligatoires qu’il faudrait franchir dans l’ordre.

Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut ont décrit le deuil comme une oscillation : on alterne entre des temps tournés vers la perte et des temps tournés vers la vie qui continue. Dans un couple, les deux partenaires oscillent rarement en phase, quand l’un est dans la douleur, l’autre est dans le quotidien, et chacun peut se sentir abandonné ou incompris au moment où l’autre est simplement ailleurs dans son propre mouvement.

Entendre cela change beaucoup : le décalage cesse d’être une trahison pour redevenir ce qu’il est, deux deuils singuliers pour une même perte. Pour le deuil périnatal, des associations spécialisées offrent par ailleurs des espaces précieux, en complément d’un travail de couple.

Enfant à besoins spécifiques : parents à plein temps, couple en veille

Handicap, autisme, TDAH, maladie chronique : quand un enfant demande plus, plus de rendez-vous, plus de vigilance, plus de batailles administratives, les parents deviennent une équipe de soin à plein temps. C’est souvent admirable. Et c’est souvent là que le couple passe en veille prolongée, sans date de réveil.

S’ajoute un décalage fréquent dans l’acceptation : l’un des parents a souvent un temps d’avance dans le chemin vers le diagnostic et ses conséquences, pendant que l’autre a encore besoin de douter. Là encore, ce n’est pas un défaut d’amour, c’est un rythme. Le travail consiste à empêcher que ce décalage ne devienne un procès, et à réserver au couple des espaces qui n’appartiennent qu’à lui, sans culpabilité. Un couple qui tient est aussi, pour l’enfant, le plus stable des appuis. Même logique pour les parcours d’adoption, où l’attente et l’évaluation mettent le couple sous un regard extérieur permanent.

Comment nous accompagnons

1

Faire de la place aux deux vécus. Chacun raconte l’épreuve telle qu’il la vit, y compris celui qui « tient » et qu’on n’écoute jamais. Le binôme que nous formons, femme et homme, aide chaque vécu à trouver une oreille qui lui ressemble.

2

Nommer les pertes, protéger le lien. Donner une place aux deuils que personne ne reconnaît, et protéger concrètement ce qui fait couple : des temps sans protocole, sans dossier, sans calendrier, même brèves, ces parenthèses changent la traversée.

3

Préparer les décisions à froid. Continuer, réorienter, s’arrêter : les grandes décisions d’un parcours ne devraient jamais se prendre dans l’épuisement d’un énième échec. Nous offrons un cadre pour les poser à tête reposée, à deux, sans précipitation.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné

Étude de cas

Audrey et Fabien, le calendrier PMA qu’un seul portait

Audrey et Fabien sont en parcours PMA depuis bientôt trois ans. Troisième tentative. Sur leur réfrigérateur, un calendrier couvert de codes, stimulations, prises de sang, transferts, qu’Audrey tient à jour et que Fabien, de son propre aveu, ne déchiffre plus.

Pour ma part, Cécile, j’entends Audrey décrire une vie suspendue aux cycles : son corps ne lui appartient plus tout à fait, ses amies annoncent leurs grossesses, et elle ne sait plus si elle continue par désir ou par fidélité à la jeune femme qui rêvait d’enfant il y a dix ans.

De mon côté, Franck, j’accueille Fabien, qui parle pour la première fois de sa place à lui. « Je tiens la maison, je tiens le moral, je tiens tout, mais je n’ai droit à rien, puisque ce n’est pas moi qui subis les traitements. » Sa tristesse, interdite de séjour depuis trois ans, trouve enfin un endroit où exister.

En séance commune, quelque chose se dénoue quand Audrey découvre que le silence de Fabien n’était pas de la distance, mais une précaution, la peur d’ajouter son chagrin au sien. Ils décident ensemble de protéger un soir par semaine sans un mot de PMA, et de reparler de la suite du parcours à froid, après l’été, avec leur équipe médicale.

Le parcours, lui, continue, avec son incertitude, personne ne peut promettre l’issue. Mais ils ne le traversent plus en parallèle : ils le traversent ensemble. « On s’est retrouvés dans la tempête, dit Audrey. On ne l’a pas choisie, mais on a choisi de ne pas s’y perdre. »

Situation représentative · prénoms et détails modifiés

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si une épreuve familiale, infertilité, deuil, handicap, adoption, met votre couple à rude épreuve ; si vous sentez que vous la vivez chacun de votre côté ; si une décision lourde approche et que vous voulez la prendre à deux, lucidement.

Ce n’est pas le bon cadre seul si une dépression sévère s’est installée chez l’un de vous : un suivi médical s’impose alors en premier, et nous travaillons en complément. De même, nous ne remplaçons jamais l’équipe médicale d’un parcours PMA ni le suivi d’un enfant, nous prenons soin du couple, qui n’a généralement personne d’autre pour le faire.

Un premier pas, sans risque : cette semaine, posez à votre partenaire une seule question, « comment tu la vis, toi, cette épreuve, en ce moment ? », et écoutez la réponse sans la corriger, sans la comparer à la vôtre. Ce quart d’heure d’écoute sans défense est souvent le début du « à deux ».

Questions fréquentes

Une épreuve peut-elle vraiment renforcer un couple ?

Elle ne le fait pas automatiquement, ni dans un sens ni dans l’autre. Une épreuve amplifie ce qui existe et révèle les décalages. Traversée consciemment, avec un appui si besoin, elle peut devenir un socle ; subie en silence, elle isole.

Mon conjoint ne parle jamais de notre épreuve. Est-ce qu’il s’en moque ?

Très rarement. Le silence est souvent une autre manière de porter, par pudeur, par protection, ou par peur d’ajouter son chagrin au vôtre. C’est le décalage des manières de vivre l’épreuve, pas un défaut d’amour.

PMA : quand consulter pour le couple, en plus du suivi médical ?

À n’importe quel stade, idéalement tôt, avant que les habitudes de silence ne s’installent. Beaucoup de couples viennent après un échec ou avant une décision de réorientation : ce sont aussi de bons moments pour commencer.

Existe-t-il des étapes du deuil à franchir dans l’ordre ?

Non. Les modèles contemporains, comme celui de Stroebe et Schut, décrivent plutôt une oscillation entre la perte et la vie qui continue, propre à chacun. Dans un couple, les deux rythmes coïncident rarement, et c’est normal.

Avec un enfant à besoins spécifiques, prendre du temps de couple n’est-il pas égoïste ?

C’est l’inverse : le couple est l’infrastructure invisible des soins. Un couple qui tient offre à l’enfant un environnement plus stable que deux parents épuisés qui ne se parlent plus. Prendre soin du « nous » fait partie du soin.

Et si nous ne sommes pas d’accord sur la suite, continuer ou arrêter ?

C’est l’une des situations où un tiers aide le plus. La décision mérite d’être posée à froid, en écoutant ce qui parle sous chaque position, épuisement, loyauté, peur, espoir, plutôt que tranchée dans l’émotion d’un échec ou d’une dispute.

CF

Cécile Fournier

Thérapeute de couple · psychopraticienne certifiée

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle accompagne notamment les femmes dont le corps porte les protocoles, et les deuils que personne ne voit. En savoir plus →

FF

Franck Fournier

Thérapeute de couple · psychopraticien certifié

Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il écoute particulièrement ceux qui « tiennent », et dont la souffrance passe inaperçue. En savoir plus →

Sources

Margaret Stroebe & Henk Schut, modèle du processus dual du deuil (1999), le deuil comme oscillation, sans étapes obligatoires. Agence de la biomédecine, cadre de l’assistance médicale à la procréation en France.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Si vous traversez une épreuve et que vous sentez le couple s’éloigner, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet souvent d’y voir plus clair, à deux, en cabinet à Montargis ou en visio.

Prendre rendez-vous avec l’Institut Self Attitude →

15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio

On ne choisit pas ses épreuves. On peut choisir, en revanche, de ne pas les traverser chacun de son côté du même couloir. Et si la tempête que vous n’avez pas voulue devenait l’endroit où vous apprenez, précisément, ce que veut dire « à deux » ?

Pour aller plus loin :

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