Par Franck Fournier & Cécile Fournier
thérapeutes de couple · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026
Les désaccords éducatifs ne sont presque jamais un débat sur l’enfant : ce sont deux enfances qui s’entrechoquent à travers lui. La bonne nouvelle : deux parents différents n’ont pas besoin de devenir identiques. Ils ont besoin d’un socle commun de principes, et d’une règle d’or : ne jamais se désavouer devant l’enfant. Cela se construit.

21 heures. Vous venez de dire que la console reste éteinte un soir d’école. Dix minutes plus tard, vous entendez le générique du jeu, et le rire complice de votre conjoint, qui a cédé avec un clin d’œil.
Ce n’est qu’une console. Et pourtant, ce qui vous traverse à cet instant ne ressemble pas à de la contrariété : c’est le sentiment d’avoir été effacé·e, désavoué·e devant votre enfant. Et de l’autre côté, votre conjoint vit la scène inversée : à chacun de vos « non » fermes, il se sent disqualifié, rangé du côté des parents rigides qu’il s’était promis de ne pas devenir.
Si ces scènes se répètent chez vous, vous n’avez pas un problème d’enfant. Vous avez une conversation de couple qui n’a jamais eu lieu.
D’où viennent nos styles éducatifs
La manière dont nous éduquons n’est presque jamais une décision rationnelle d’adulte. C’est, le plus souvent, une réponse à notre propre enfance : on reproduit ce qu’on a reçu, ou on le sur-corrige. Celui qui a grandi dans un cadre rigide devient strict à son tour, ou systématiquement souple, pour épargner à son enfant ce qu’il a vécu. Celui qui a manqué de cadre le reconstruit avec zèle, ou ne sait pas l’incarner, faute de modèle.
C’est pour cela que les disputes éducatives ont cette intensité particulière : vous croyez débattre du téléphone à onze ans, vous rejouez en réalité la façon dont vos propres parents géraient vos demandes au même âge. Tant que cette dimension n’est pas entendue, les arguments rationnels glissent sans rien changer.
La psychologue Diana Baumrind a décrit dès les années 1960 les grands styles parentaux, du plus directif au plus permissif. Mais l’essentiel pour le couple est ailleurs : ce qui sécurise un enfant n’est pas tel ou tel style, c’est la cohérence du couple parental. Un enfant s’adapte à un cadre ferme comme à un cadre souple ; il s’adapte beaucoup plus mal à un cadre qui change selon le parent à qui il s’adresse.
| Le symptôme visible | Ce qui se joue en profondeur |
|---|---|
| L’un défait les règles que l’autre pose | Deux héritages éducatifs qui s’affrontent par enfant interposé |
| L’enfant demande à l’un ce que l’autre a refusé | Une faille repérée, l’enfant teste, c’est sa fonction |
| « Tu es trop dur·e » / « Tu le laisses tout faire » | Chacun se sent désavoué dans son rôle de parent |
| L’un a renoncé et laisse l’autre tout décider | Un effacement parental qui finit par peser sur le couple |
Se désavouer devant l’enfant : le vrai coût
Quand un parent contredit l’autre devant l’enfant, trois choses se passent en même temps. Le parent contredit perd sa légitimité, son « non » ne vaut plus rien s’il suffit d’aller voir ailleurs. Le couple se fissure, chaque contradiction publique est une petite trahison qui s’additionne. Et l’enfant, contrairement aux apparences, n’y gagne pas : il obtient sa console, mais il perd le cadre stable dont il a besoin pour se sentir en sécurité.
Car l’enfant qui exploite la faille n’est pas un manipulateur : il fait son travail d’enfant, qui est de tester où sont les limites. Si elles bougent selon le parent, il continuera de tester, indéfiniment. À l’adolescence, ce système se durcit : l’ado apprend à jouer un parent contre l’autre, et le couple récolte ce que la faille a semé.
D’où la règle d’or que nous installons avec les couples : jamais de contradiction devant l’enfant. En cas de désaccord, une seule phrase suffit : « on en parle entre nous, on te répond après ». Simple à dire, exigeante à tenir, et c’est elle qui change tout.
Les écrans, terrain de conflit quotidien
Aucun sujet ne fait autant flamber les héritages éducatifs que les écrans, probablement parce que nos propres parents n’ont pas eu à gérer celui-là, et que chacun improvise avec ses peurs. L’un voit dans la tablette une menace pour le cerveau de l’enfant, l’autre un moment de paix légitime après une journée épuisante. Les deux ont leurs raisons ; aucun n’a tort sur tout.
Des repères publics existent, Santé publique France en propose par tranche d’âge, et ils offrent au couple un point d’appui précieux : discuter à partir d’une référence extérieure commune, plutôt que de négocier chaque soir au cas par cas, déplace le débat hors du rapport de force. La décision finale vous appartient, l’important est qu’elle soit prise à deux, en amont, et tenue ensemble.
Et quand on ne veut pas le même nombre d’enfants ?
Il existe un désaccord éducatif plus profond que tous les autres : celui qui porte sur un enfant de plus, ou pas. Ce désaccord-là ne se tranche pas par un compromis arithmétique, et il serait destructeur que l’un cède en silence pour acheter la paix.
Derrière le « combien » se cachent presque toujours des peurs et des aspirations qui n’ont jamais été dites : peur de revivre un épuisement, désir de réparer une fratrie, inquiétude financière, sentiment que son corps ou sa carrière ne suivront pas. Le travail consiste à écouter ce qui parle sous la position de chacun, c’est parfois là que le désaccord se dénoue, ou qu’il devient au moins habitable à deux.
Comment nous travaillons
Remonter aux héritages. Comment chacun a-t-il été éduqué ? Qu’est-ce qu’il reproduit, qu’est-ce qu’il sur-corrige ? Quand on découvre que la souplesse de l’un et la fermeté de l’autre sont deux fidélités d’enfance, le procès mutuel perd sa raison d’être.
Séparer le socle commun de la couleur de chacun. D’un côté, les principes non négociables, coucher, écrans, sécurité, respect, strictement alignés. De l’autre, la manière propre à chaque parent : le ton, l’humour, la façon de consoler. On n’unifie pas les personnes ; on aligne les principes.
Installer la solidarité parentale. La règle « on en parle entre nous, on te répond après », répétée jusqu’à devenir un réflexe. Les premiers temps demandent un effort conscient ; puis l’enfant cesse de tester la faille, parce qu’il n’y a plus de faille à tester.
En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné
Charlotte et Benoît, « la méchante » et le parent-refuge
Charlotte et Benoît arrivent avec une phrase chacun. Elle : « Je suis la méchante de la maison. » Lui : « Elle transforme chaque soirée en règlement intérieur. » Leur fils de sept ans, lui, a parfaitement compris le système : pour les « non » de maman, on va voir papa.
Pour ma part, Cécile, j’explore avec Charlotte son héritage : un père inflexible, des règles jamais discutées. Elle découvre qu’elle reproduit la structure reçue, en y ajoutant la peur que, sans elle, tout s’effondre. Sa fermeté n’est pas de la rigidité : c’est un poste de garde qu’elle n’a jamais eu le droit de quitter.
De mon côté, Franck, j’entends Benoît raconter une enfance sans cadre, un père absent, une mère débordée qui cédait par épuisement. Son clin d’œil à la console n’est pas une provocation : c’est le seul langage paternel qu’il connaisse, celui de la complicité. Dire non avec amour, personne ne le lui a montré.
La séance où ils se disent cela change le ton. Charlotte cesse de voir un saboteur, Benoît cesse de voir un gendarme. Ensemble, ils écrivent leur socle : huit principes non négociables, dont la console les soirs d’école. Le reste, le ton, les jeux, les négociations du samedi, appartient à chacun.
Quelques mois plus tard, leur fils teste encore, il a sept ans. Mais la réponse est devenue la même des deux côtés, et les soirées ont cessé d’être un tribunal. « On n’est pas devenus pareils, dit Benoît. On est devenus une équipe avec deux styles de jeu. »
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pour qui, et pour qui pas
C’est pour vous si les désaccords éducatifs reviennent en boucle et contaminent le couple ; si votre enfant a appris à jouer un parent contre l’autre ; si vous voulez un cadre commun sans renoncer à votre personnalité de parent.
Ce n’est pas le bon cadre si le désaccord éducatif masque en réalité un conflit conjugal plus large qui n’est pas assumé, nous le nommons alors et travaillons d’abord là. Les parents séparés en garde alternée relevent d’un travail voisin mais distinct : voyez notre article sur la coparentalité après une séparation.
Un premier pas, sans risque : chacun de votre côté, écrivez vos cinq principes éducatifs non négociables. Comparez. Les couples qui font cet exercice découvrent souvent qu’ils sont d’accord sur l’essentiel, et qu’ils se battaient sur la couleur, pas sur le socle.
Questions fréquentes
Faut-il que les deux parents éduquent exactement pareil ?
Non. Ce qui sécurise l’enfant n’est pas l’uniformité des styles mais la cohérence des principes. Un parent structurant et un parent intuitif forment un duo riche, à condition d’être alignés sur le socle et solidaires devant l’enfant.
Mon conjoint cède toujours après mes « non ». Suis-je trop dur·e ?
La question n’est pas de savoir qui a raison entre fermeté et souplesse, mais si un cadre commun a été décidé à deux. Sans socle, chacun tire de son côté. Avec un socle, le céder de l’un devient une question de loyauté parentale, et se travaille autrement qu’en procès.
Que faire quand je ne suis pas d’accord avec une décision prise devant l’enfant ?
Soutenir la décision sur le moment, et en rediscuter ensuite sans l’enfant. « On en parle entre nous, on te répond après » est la formule la plus simple. Inconfortable au début, elle devient vite le pilier de la solidarité parentale.
Les écrans nous divisent. Qui a raison ?
Probablement personne entièrement. S’appuyer sur des repères extérieurs communs, comme ceux de Santé publique France par tranche d’âge, sort le sujet du rapport de force et permet de décider à deux, en amont, plutôt que de négocier chaque soir.
Nous ne sommes pas d’accord sur un deuxième enfant. Est-ce travaillable ?
Oui, mais pas comme un compromis à trouver. Ce désaccord-là demande d’écouter ce qui parle sous la position de chacun, peurs, épuisement, aspirations. C’est souvent en entendant ces couches-là que la question se dénoue, dans un sens ou dans l’autre.
À partir de quel âge l’enfant perçoit-il nos désaccords ?
Tôt, dès les premières années, l’enfant repère qui dit oui et qui dit non, puis apprend à s’en servir. Ce n’est pas de la manipulation : c’est sa manière de chercher où sont les limites. La réponse lui appartient peu, elle appartient au couple.
Cécile Fournier
Thérapeute de couple · psychopraticienne certifiée
Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Son regard de pédagogue éclaire ce qui, dans chaque style éducatif, vient de l’histoire du parent. En savoir plus →
Franck Fournier
Thérapeute de couple · psychopraticien certifié
Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il accompagne notamment les pères qui inventent une autorité qu’on ne leur a jamais montrée. En savoir plus →
Sources
Diana Baumrind, typologie des styles parentaux (à partir de 1966), cadre descriptif, repris et nuancé depuis par la psychologie du développement. Santé publique France, repères sur l’usage des écrans selon l’âge.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet souvent d’y voir plus clair, à deux, en cabinet à Montargis ou en visio.
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Vos différences éducatives ne sont pas le problème : non articulées, elles font la guerre ; articulées, elles font la richesse. Et si votre enfant, au lieu d’hériter du combat de vos deux enfances, recevait le meilleur des deux, la structure de l’un, la chaleur de l’autre, et la certitude que ses parents jouent dans la même équipe ?
Pour aller plus loin :
- Charge mentale & famille, le dossier complet
- Thérapie de couple à Montargis, notre accompagnement
- Communication dans le couple, le dossier voisin
- Baby clash : le couple à l’épreuve de bébé, là où tout commence souvent
- Coparentalité après une séparation, éduquer à deux quand le couple s’est arrêté
