Par Franck Fournier & Cécile Fournier
thérapeutes de couple · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026
Le mur du silence, le « stonewalling » décrit par John Gottman, ressemble à de l’indifférence. C’est le plus souvent l’inverse : un système nerveux submergé qui disjoncte pour se protéger. Comprendre cette mécanique change tout : on cesse de poursuivre un partenaire en surcharge, on apprend à faire des pauses qui ne sont pas des abandons, et le dialogue redevient possible.

Vous essayez de dire ce qui ne va pas. En face, le regard se détourne, le visage se fige, les réponses se réduisent à des monosyllabes. Vous parlez plus fort, pour provoquer une réaction, n’importe laquelle. Rien. Puis l’autre quitte la pièce, et vous restez seul·e avec votre phrase suspendue.
Parler à un mur quand on aime, c’est une douleur particulière : elle réveille ce que nous avons de plus ancien, la peur de ne pas compter. Alors on interprète, « il s’en fiche », « elle me punit », et chaque silence creuse un peu plus le fossé.
Et si ce mur n’était pas ce que vous croyez ?
Le mur du silence : indifférence ou surcharge ?
Le psychologue John Gottman, qui a observé des milliers de couples en laboratoire, a donné un nom à ce comportement, le stonewalling, et une explication qui a changé le regard thérapeutique : derrière le visage de marbre, il y a généralement un organisme en état d’alerte. Gottman parle de « débordement » (flooding) : le cœur s’emballe, les pensées se brouillent, les mots ne viennent plus. Le cerveau, littéralement, n’arrive plus à traiter la conversation.
Vu de l’extérieur, cela ressemble à du mépris. Vu de l’intérieur, c’est une noyade. La personne ne se tait pas pour punir : elle se tait parce qu’elle n’a plus accès à ses moyens, et qu’elle a appris, souvent depuis longtemps, que se fermer était sa seule façon de ne pas exploser. Ce repli, appris tôt dans les premières relations, est un des visages décrits par la théorie de l’attachement.
Ses travaux suggèrent aussi que ce mécanisme touche plus souvent les hommes, dont le système cardiovasculaire mettrait plus de temps à s’apaiser après un conflit, une vulnérabilité physiologique, pas une immaturité. Mais personne n’en a le monopole : des femmes se murent aussi, et des hommes poursuivent.
| Le symptôme visible | Ce qui se joue en profondeur |
|---|---|
| Visage figé, regard fuyant | Un système nerveux saturé qui se met en sécurité |
| Réponses monosyllabiques | « Je n’ai plus les mots », pas « tu ne m’intéresses pas » |
| Fuite de la pièce en plein échange | Le besoin urgent de faire redescendre la pression interne |
| L’autre qui insiste, suit, hausse le ton | Une angoisse d’abandon qui cherche désespérément une réponse |
La danse qui s’installe : l’un poursuit, l’autre se mure
Le mur du silence ne vit jamais seul. Il fait couple avec la poursuite : plus l’un se ferme, plus l’autre insiste, questions, reproches, volume qui monte, et plus l’autre insiste, plus le premier se ferme. Chacun déclenche précisément ce qu’il redoute chez l’autre.
Dans cette danse, il n’y a pas un coupable et une victime : il y a deux détresses qui ne se voient pas. Celui qui poursuit a besoin de contact pour se rassurer ; celui qui se mure a besoin de calme pour revenir. Tant que chacun exige son besoin au moment exact où l’autre ne peut pas le donner, le mécanisme s’auto-alimente. Nous avons consacré un article entier à cette dynamique poursuivant-distant.
Une distinction importante, cependant : le retrait physiologique n’est pas le « traitement silencieux » utilisé délibérément pour punir, faire céder ou faire douter. Le premier est une protection involontaire qui s’accompagne de détresse ; le second est un instrument de contrôle. Si le silence de votre partenaire s’inscrit dans un ensemble de dénigrements, de châtiments et de domination, il ne relève plus de la communication, nous avons consacré un article à la violence émotionnelle, pour la reconnaître et s’en protéger.
Comment nous travaillons le mur du silence
Notre binôme femme-homme prend ici tout son sens : chacun des deux vécus, celui qui se heurte au mur, celui qui se réfugie derrière, trouve une oreille dédiée, sans procès.
Repérer les signes avant la fermeture. Mâchoire qui se serre, respiration courte, regard qui se voile : chaque personne a ses signaux de surchauffe. Apprendre à les nommer, et convenir d’un mot ou d’un geste qui signale « je déborde », permet d’agir avant que le mur ne monte.
Instaurer la pause qui n’est pas un abandon. S’éloigner une vingtaine de minutes, le temps que Gottman estime nécessaire pour que l’organisme s’apaise, avec un engagement explicite : « je ne te quitte pas, je reviens, et on finit cette conversation ». La promesse de retour change tout pour celui qui reste.
Reprendre par le ressenti, pas par l’argument. Au retour, on ne rouvre pas le dossier là où il a explosé. On commence par ce que chacun a senti dans son corps, « j’avais le cœur à cent à l’heure », avant de revenir, plus calmement, au sujet lui-même.
En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné
Elsa et Tristan, elle veut parler, il s’éteint
Elsa et Tristan consultent après une scène devenue rituelle : elle veut parler, il s’éteint. En séance, le mécanisme se rejoue sous nos yeux, dès que le ton monte, Tristan s’enfonce dans le canapé, le regard vitreux.
Pour ma part, Cécile, j’accueille la détresse d’Elsa : des années à chercher un point d’accroche dans le regard de son mari et à n’y trouver qu’une forteresse. « J’ai l’impression de ne pas exister », dit-elle, et cette phrase-là dit la blessure mieux que tous les reproches.
De mon côté, Franck, j’observe Tristan : épaules rentrées, respiration imperceptible. Je nomme doucement ce que je vois, « j’ai l’impression que votre cœur s’est emballé, là, c’est le cas ? ». Il hoche la tête. C’est la première fois que son silence est décrit comme une noyade, pas comme une faute.
Quelque chose bascule chez Elsa à cet instant : la colère laisse place à la surprise. Nous construisons avec eux leur protocole, un signal de surchauffe, une pause de vingt minutes avec promesse de retour, une reprise par le ressenti. Les premières semaines, le mot de sécurité sonne faux, les pauses sont maladroites. Puis, un soir, Tristan revient de lui-même au salon et dit : « Je ne m’en fiche pas. J’avais juste l’impression que j’allais exploser. »
Le mur n’a pas disparu pour toujours, il remonte parfois, les jours de grande fatigue. Mais ils savent désormais en ouvrir la porte : Elsa ne poursuit plus, Tristan revient. « On a remplacé le mur par une porte, résume Elsa. Elle est parfois fermée, mais maintenant, elle a une poignée. »
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pour qui, et pour qui pas
C’est pour vous si vos conflits finissent en silence glacial ; si vous êtes celui ou celle qui se ferme et qui s’en veut ; si vous êtes celui ou celle qui poursuit et qui s’épuise. Le travail s’adresse aux deux, c’est une danse, elle se change à deux.
Ce n’est pas le bon cadre si le silence s’inscrit dans une dynamique de contrôle, de dénigrement ou de punition systématique, un traitement silencieux utilisé comme instrument. Cette situation relève d’un autre accompagnement, centré sur votre protection d’abord.
Un premier pas, sans risque : à froid, jamais pendant un conflit, demandez à votre partenaire : « quand tu te tais dans nos disputes, qu’est-ce qui se passe à l’intérieur ? » Et écoutez la réponse sans la corriger. Beaucoup de murs commencent à s’ouvrir par cette seule question.
Questions fréquentes
Le mur du silence est-il de la manipulation ?
Pas en soi. Le retrait physiologique est une réaction involontaire de protection face à une surcharge émotionnelle. Le « traitement silencieux » délibéré, utilisé pour punir ou faire plier, est autre chose, et la distinction est essentielle : l’un appelle de la régulation, l’autre de la protection.
Pourquoi mon conjoint se ferme-t-il alors que je veux juste parler ?
Parce que son système d’alarme s’est déclenché avant ses oreilles. Ce que vous vivez comme une conversation, son organisme le vit comme une tempête. Ce n’est pas votre faute, ni la sienne : c’est le signe qu’il faut changer la manière d’entrer dans le sujet, pas le sujet.
Que faire au moment où l’autre se mure ?
Cesser d’argumenter, ne pas suivre de pièce en pièce, nommer la surcharge, « on n’y arrive plus, là », et convenir d’une pause avec une échéance précise. Insister au moment du débordement aggrave la fermeture, même avec les meilleures intentions.
Combien de temps doit durer la pause ?
Les observations de Gottman suggèrent qu’il faut au moins une vingtaine de minutes au calme pour que l’organisme retrouve son équilibre. L’essentiel n’est pas le chronomètre, c’est le double engagement : vraiment s’apaiser pendant la pause, et vraiment revenir après.
Les hommes sont-ils plus concernés ?
Les travaux de Gottman suggèrent que le système cardiovasculaire masculin réagit souvent plus fort au stress relationnel et s’apaise plus lentement. C’est une tendance, pas une règle : chacun peut se retrouver d’un côté ou de l’autre du mur.
Peut-on vraiment sortir de cette dynamique ?
Oui, beaucoup de couples y parviennent, non en forçant celui qui se tait à parler, mais en apprenant ensemble à repérer le débordement, à faire des pauses sûres et à reprendre autrement. Un accompagnement aide à installer ces réflexes sans retomber dans la danse.
Franck Fournier
Thérapeute de couple · psychopraticien certifié
Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il écoute particulièrement ceux qui se murent, et ce que leur silence protège. En savoir plus →
Cécile Fournier
Thérapeute de couple · psychopraticienne certifiée
Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle accueille la détresse de celui qui parle au mur, et l’angoisse d’abandon qu’elle réveille. En savoir plus →
Sources
John Gottman, travaux d’observation des couples (Gottman Institute), le stonewalling comme l’un des « quatre cavaliers » du conflit conjugal, le mécanisme de débordement (flooding) et la réactivité physiologique au stress relationnel. Données physiologiques à considérer comme des tendances observées, variables selon les personnes.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, d’un côté ou de l’autre du mur, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet souvent d’y voir plus clair. À Montargis ou en visio.
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15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio
Un mur de silence n’est presque jamais un mur d’indifférence : c’est un abri de fortune, construit par quelqu’un qui n’a pas trouvé mieux pour tenir debout dans la tempête. Et si, au lieu de vous épuiser à le faire tomber, vous appreniez ensemble à y dessiner une porte ?
Pour aller plus loin :
- Communication dans le couple, le dossier complet
- Thérapie de couple à Montargis, notre accompagnement
- Poursuivant et distant, la danse qui épuise le couple
- Problèmes de communication dans le couple, quand on ne se comprend plus
