Sexualité après une épreuve : se retrouver

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
psychopraticiens certifiés · sexothérapeutes · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

Une maladie, une opération, la ménopause ou l’andropause, des violences subies : certains événements de vie bousculent profondément la sexualité, le corps, l’image de soi, le désir, la confiance. Cette mise en veille n’est ni une fatalité ni une obligation à « redevenir comme avant » : il s’agit de retrouver une intimité possible, la vôtre, à votre rythme.

Sexualité après une épreuve de vie : retrouver une intimité possible

Il y a un avant et un après, vous le savez mieux que personne. Avant, la sexualité allait de soi, ou à peu près. Après, le traitement, l’opération, le bouleversement hormonal, ou ce qui vous a été fait, le corps n’est plus tout à fait le même, et l’élan non plus.

Peut-être évitez-vous le miroir de la salle de bain. Peut-être esquivez-vous la main de votre partenaire, en vous en voulant de l’esquiver. Peut-être vous dit-on « l’essentiel, c’est que tu sois là », et c’est vrai, mais cela ne répond pas à la question que vous n’osez poser à personne : est-ce que cette part de ma vie est finie ?

Non. Elle est à réinventer, ce qui n’est pas pareil. Et cela peut s’accompagner.

Quand la vie bouscule l’intimité

Les événements qui mettent la sexualité en veille sont plus nombreux qu’on ne le dit. Une maladie et ses traitements, l’Institut national du cancer consacre d’ailleurs des ressources entières à la vie intime pendant et après un cancer, signe que la question est légitime et fréquente. Une opération ou un accident qui modifie le corps. La ménopause et l’andropause, qui transforment le désir et les sensations. Des violences subies, récentes ou anciennes, qui ont fait du corps un territoire à défendre.

Ces situations sont très différentes, et trois fils les traversent pourtant. Le corps a changé, ou a été trahi : il faut réapprendre à l’habiter avant de le partager. L’image de soi a vacillé : cicatrices, fatigue, âge, on ne se sent plus « désirable », et on se retire avant d’être, croit-on, rejeté. Et le silence s’est installé : par pudeur, par peur de blesser ou d’être blessé, on cesse d’en parler, et l’intimité meurt plus du silence que de l’épreuve elle-même.

Le symptôme visibleCe qui se joue en profondeur
Éviter les gestes tendres « pour ne pas donner de faux espoirs »La peur que toute tendresse oblige à aller plus loin
Se changer dans le noir, fuir le miroirUne image de soi blessée qui demande réparation avant le reste
« De toute façon, à mon âge… »Un deuil déguisé en résignation, alors que le désir se transforme, il ne s’éteint pas d’office
Un corps qui se fige au moindre contactUne mémoire du danger inscrite dans le corps, qui demande du temps et de la sécurité

Après la maladie ou la blessure : réapprivoiser un corps changé

Après des traitements lourds, le corps a souvent été médicalisé, examiné, modifié, il a été un dossier avant de redevenir une demeure. La fatigue persiste, les sensations ont changé, certaines zones sont devenues étrangères ou douloureuses.

Le chemin ne commence pas par la sexualité : il commence par la réconciliation avec ce corps-là, le regarder, le toucher, le réhabiter sans objectif. La sensualité précède la sexualité : retrouver le plaisir d’un bain, d’un massage, d’une caresse sans suite attendue, c’est déjà le travail. Les questions strictement médicales, douleurs, traitements, hormones, appartiennent à votre équipe soignante ; nous travaillons en complément, sur ce que la médecine ne prend pas en charge : l’image de soi, le désir, le lien.

Ménopause, andropause : le désir qui se transforme

Le bouleversement hormonal du milieu de vie transforme les sensations, le rythme, parfois le confort même de la sexualité, pour les femmes comme pour les hommes. Beaucoup en concluent, en silence, que « c’est fini » ; le partenaire interprète le retrait comme un rejet, et chacun s’enferme dans sa version.

La réalité observée est plus nuancée : le désir change de forme plus qu’il ne disparaît. Moins spontané, il devient plus contextuel, il a besoin d’être invité, préparé, nourri. C’est une autre sexualité à écrire, souvent plus lente et parfois plus profonde que celle d’avant. Là encore, le médecin a sa part pour le versant hormonal ; la nôtre est d’aider à traverser le deuil de la sexualité d’avant et à inventer celle d’après.

Après des violences : la sécurité d’abord

Quand le corps a été le lieu d’une violence, récente ou ancienne, parfois tue depuis des décennies, l’intimité peut réveiller ce que la mémoire avait rangé. Un geste anodin fige, une position oppresse, et l’on s’en veut de réagir « de façon disproportionnée » alors que le corps, lui, réagit exactement à ce qu’il a connu.

Ici, aucune étape ne se force. Le travail commence par la sécurité et la stabilisation, et peut s’appuyer, à votre rythme, jamais en brusquant, sur l’EMDR et la accompagnement du stress post-traumatique pour désamorcer ce qui se réactive. La sexualité n’est pas l’objectif immédiat : elle redevient possible quand le corps a réappris qu’il avait le droit de dire oui et non.

Si ces violences sont récentes ou si vous êtes encore exposé·e : 3919 (Violences Femmes Info, anonyme et gratuit) et 116 006 (France Victimes, toutes victimes, femmes et hommes). En cas de danger immédiat, le 17 ou le 112.

Comment nous accompagnons

1

Accueillir l’histoire, et le corps qu’elle a laissé. Comprendre ce que l’épreuve a changé : les sensations, l’image de soi, les peurs. En sexothérapie, tout passe par la parole : il n’y a jamais ni examen ni toucher, ce cadre clair fait partie de la sécurité.

2

Réhabiter avant de partager. Reconstruire l’image de soi et la relation au corps, sensorialité sans objectif, fierté retrouvée, droit au plaisir. Selon les situations : thérapie centrée sur les émotions, thérapie des schémas, EMDR pour ce qui relève du trauma.

3

Réinventer l’intimité, seul·e ou à deux. Remettre des mots avec le partenaire, définir ce qui est possible aujourd’hui (et ce qui ne l’est pas encore), élargir le répertoire au-delà de la performance. Le partenaire peut être associé à certaines séances, si et quand vous le souhaitez.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’une personne que nous avons accompagnée

Étude de cas

Claire, retrouver l’intimité après la maladie

Claire, cinquante-deux ans, consulte un an après la fin de ses traitements. La médecine a fait son travail ; « mais personne, dit-elle, ne m’a parlé de ça ». « Ça » : une vie intime à l’arrêt depuis deux ans, un mari devenu prévenant comme un infirmier, et un miroir qu’elle évite.

Pour ma part, Cécile, je remarque un détail dans son récit : depuis l’opération, Claire se change dans la salle de bain, porte fermée, elle qui ne l’avait jamais fait. Ce n’est pas une pudeur : c’est une protection. Elle protège son mari de ce qu’elle croit être devenue, et se protège du regard qui confirmerait sa crainte.

Nous commençons loin de la sexualité : par l’image de soi, le rapport à la cicatrice, le droit de se trouver encore quelque chose. Puis viennent les mots avec son mari, elle découvre que sa prévenance d’infirmier n’était pas du désintérêt mais de la peur : peur de blesser, peur de demander. Deux silences qui se protégeaient l’un de l’autre.

Le chemin se fait par petites portes : la lumière rallumée, une tendresse sans suite obligatoire, des rendez-vous à deux qui ne doivent rien à personne. La sexualité qui revient n’est pas celle d’avant, plus lente, plus parlée. « Je croyais que cette partie de ma vie était derrière moi, dit Claire un jour. Elle était juste en convalescence, comme le reste. »

Prénom et détails modifiés.

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si une épreuve a mis votre vie intime en veille et que vous voulez, sans urgence, sans pression, explorer ce qui redevient possible ; seul·e d’abord, ou avec votre partenaire.

Ce n’est pas le bon cadre seul pour les questions médicales, douleurs, traitements, hormones, qui relèvent de votre médecin ou de votre équipe soignante : nous travaillons avec eux, pas à leur place. Et si des violences sont en cours, la priorité absolue est votre mise en sécurité (numéros ci-dessus).

Un premier pas, sans risque : écrivez, pour vous seul·e, la fin de cette phrase : « ce qui me manque le plus, ce n’est pas tant… que… ». Beaucoup découvrent que ce qui manque n’est pas d’abord l’acte, c’est la proximité, le regard, la légèreté. Savoir ce qui manque vraiment, c’est déjà savoir par où revenir.

Questions fréquentes

Est-ce normal de ne plus avoir de désir après une maladie ?

Oui, très fréquent, fatigue, traitements, image de soi bouleversée : le désir se met en veille pour laisser la place à la survie. Sa mise en veille n’est pas sa disparition ; il revient généralement par la sécurité et la tendresse, pas par la volonté.

La ménopause signe-t-elle la fin de la sexualité ?

Non. Elle transforme le désir, moins spontané, plus contextuel, et parfois le confort physique, ce qui peut se travailler avec le médecin. Beaucoup de couples décrivent une sexualité différente après : plus lente, plus parlée, parfois plus libre qu’avant.

Comment en reparler à mon partenaire après tout ce temps ?

Pas pendant un moment intime, à froid, et petit. « Cette partie de nous me manque, et je ne sais pas encore comment y revenir » suffit : cela dit à la fois le manque et le rythme. Souvent, l’autre attendait exactement cette phrase, sans oser la dire non plus.

Comment se passe une sexothérapie, concrètement ?

Par la parole, exclusivement, jamais d’examen ni de toucher. On y travaille l’histoire, l’image de soi, les peurs et les blocages, et des pistes concrètes à explorer chez soi, seul·e ou à deux, à votre rythme. Au cabinet à Montargis ou en visio.

Des violences anciennes peuvent-elles ressurgir dans l’intimité des années après ?

Oui, le corps garde une mémoire que le temps seul n’efface pas toujours, et un contexte nouveau (rencontre, naissance, ménopause) peut la réactiver. Ce n’est ni une rechute ni une fatalité : cela se travaille, notamment avec l’EMDR, à votre rythme.

Dois-je venir seul·e ou avec mon partenaire ?

Comme vous le sentez. Beaucoup commencent seul·e, le temps de remettre des mots, puis associent leur partenaire à certaines séances. L’inverse existe aussi. Le premier échange de 15 minutes permet justement d’en décider.

CF

Cécile Fournier

Psychopraticienne certifiée · sexothérapeute

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle accompagne la réconciliation avec le corps après la maladie, les bouleversements hormonaux et les violences. En savoir plus →

FF

Franck Fournier

Psychopraticien certifié · sexothérapeute

Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il reçoit notamment les hommes confrontés à l’andropause, à la maladie ou à la perte de confiance intime. En savoir plus →

Sources

Institut national du cancer, ressources « vie intime et sexualité » pendant et après les traitements. Les questions médicales (douleurs, hormones, traitements) relèvent du médecin ou de l’équipe soignante ; l’accompagnement psychothérapeutique et sexothérapeutique vient en complément.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Ces sujets sont intimes, et c’est exactement pour cela qu’un cadre sûr existe. Un premier échange de 15 minutes, gratuit, confidentiel et sans engagement, en cabinet à Montargis ou en visio.

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15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio

Votre vie intime n’est pas restée dans l’avant : elle a traversé l’épreuve avec vous, et elle attend, comme vous, de reprendre des forces. Et si la sexualité d’après, plus lente, plus parlée, plus choisie, n’était pas une version diminuée de celle d’avant, mais une version plus vôtre ?

Pour aller plus loin :

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