Types de colère : six visages, six messages

En bref

Il n’existe pas un type de colère mais plusieurs, et elles ne disent pas la même chose. Nous en distinguons six : celle qui explose, celle qui exige, celle qui domine, celle qui se tait, celle qui se gèle et celle qui se retourne contre soi. Aucune ne décrit un type de personne — ce sont des états, activables chez la même personne selon les situations, parfois dans la même journée. Ce qui les sépare n’est pas leur intensité mais ce que chacune protège.

Types de colère : six galets de tailles et de textures différentes alignés sur une planche de bois clair

Quand on cherche combien il existe de types de colère, on tombe généralement sur une liste toute faite : passive, agressive, passive-agressive, assertive. Elle a le mérite d’exister ; elle décrit surtout des manières de se comporter.

Nous proposons un autre angle, qui nous sert davantage en accompagnement : non pas à quoi la colère ressemble, mais ce qu’elle défend.

Car une colère défend toujours quelque chose. Ce que nous observons, séance après séance, c’est qu’elle invoque une règle — une idée de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. La joie survient quand cette règle est honorée ; la colère quand elle est violée. Elles s’adossent au même repère.

Reste à savoir de quelle règle il s’agit. C’est ce qui distingue les six formes qui suivent.

La formeCe qu’elle dit de la règle
Celle qui exploseLa règle existait, et elle ne m’a pas protégé
Celle qui exigeJ’ai pris mon désir pour une règle
Celle qui domineMa règle vaut loi, la norme n’est plus partagée
Celle qui se taitLa règle se tait, par peur de perdre quelqu’un
Celle qui se gèleLa règle est mise à distance, avec le reste
Celle qui se retourneLa règle existe, mais elle vous écrase

Ces six états sont décrits par la thérapie des schémas, qui les nomme des modes. Nous n’emploierons plus ce vocabulaire au-delà de cette phrase : il n’apporte rien à la lecture, et l’essentiel est ailleurs.

La colère qui explose

Elle monte vite, elle sort fort, et celui qui la porte a souvent l’impression d’avoir été traversé plutôt que d’avoir agi.

Ce qu’elle protège : un besoin qui compte vraiment — être respecté, être pris en considération, être en sécurité. Quelque chose de vital, pas de secondaire.

C’est le cas le plus légitime, et paradoxalement celui que les gens jugent le plus sévèrement chez eux, à cause du bruit qu’il fait.

Ce qui se travaille : moins l’explosion que la charge qui la précède, et le fait de nommer le besoin plus tôt — quand il est encore audible.

La colère qui exige

Elle apparaît quand quelque chose est contrarié : un plan, une attente, un confort. Elle est immédiate et elle ne supporte pas d’attendre.

Ce qu’elle protège : un désir traité comme un dû. Ici, la règle invoquée n’existe pas vraiment — elle a été fabriquée à partir de l’envie.

Précision importante : cet état s’active chez des adultes qui n’ont rien d’enfants gâtés, et qui sont souvent très exigeants envers eux-mêmes par ailleurs. Y voir un défaut d’éducation est une lecture fausse et inutilement méprisante.

Ce qui se travaille : la tolérance au différé, et la capacité à distinguer ce qu’on veut de ce qui vous est dû. Nous consacrons un article entier à cette distinction : colère et frustration.

La colère qui domine

Elle ne cherche pas à être entendue, elle cherche à mettre fin à la contestation. Elle écrase, elle coupe, elle disqualifie.

Ce qu’elle protège : le plus souvent, la peur d’être dominé à son tour. Prendre l’ascendant est vécu comme la seule alternative à le subir.

C’est la forme où la règle cesse d’être partagée : elle devient celle de la personne qui parle le plus fort. Et une règle ne tient que si elle ne se paie au détriment de personne — ni du vôtre, ni du sien. Dès qu’elle s’impose, ce n’est plus de la colère. Nous traitons ce basculement dans colère ou violence.

Ce qui se travaille : la peur qui se trouve dessous, avant tout le reste.

La colère qui se tait

Elle existe, elle est ressentie, et elle ne sort pas. La personne cède, arrange, minimise — puis constate qu’elle est en colère plusieurs heures après.

Ce qu’elle protège : la relation. Dire son désaccord semble risquer de perdre quelqu’un, et ce calcul a souvent été appris très tôt.

Ce qui se travaille : l’idée, rarement vérifiée, qu’un désaccord détruit un lien. Elle ne se démonte pas par le raisonnement mais par de petites expériences. Voyez aussi la colère refoulée, qui en décrit les effets à long terme.

La colère qui se gèle

Ici, rien ne se ressent — ou plus exactement, plus rien ne se ressent. La personne décrit une distance, une froideur, une absence d’élan.

Ce qu’elle protège : elle-même, par la carapace. Se couper de l’intensité évite d’avoir à la supporter.

Le coût est que la coupure ne trie pas. Elle éteint la colère, et avec elle l’attachement et le plaisir. C’est la configuration que nous détaillons dans la colère froide.

Ce qui se travaille : le retour progressif de la sensation, à un rythme supportable — jamais par confrontation.

La colère qui se retourne

Elle ne vise personne d’autre que soi. Après un débordement, une maladresse, un échec, c’est contre soi que la charge se dirige.

Ce qu’elle protège : rien, et c’est ce qui la rend particulière. La règle existe bien, elle est même appliquée avec sévérité — simplement, elle se paie à votre détriment.

Ce qui se travaille : la sévérité de la règle elle-même, plutôt que la faute qu’on se reproche. Nous y consacrons un article : la colère contre soi-même.

Pourquoi passe-t-on d’une forme à l’autre ?

Parce que ce sont des états, et que les états s’activent selon les circonstances.

La même personne peut exploser le matin auprès de ses enfants, se taire l’après-midi devant son responsable, et se le reprocher le soir. Trois formes en une journée, et aucune contradiction.

Ce qui change d’une situation à l’autre, c’est ce qui est en jeu et ce que l’on estime pouvoir risquer. C’est aussi pourquoi une lecture en termes de types de personnes ne tient pas : elle range là où il faudrait observer.

Le système de la colère lui-même est ancien et commun à tous. Le neuroscientifique Jaak Panksepp a décrit sept systèmes émotionnels primaires partagés par les mammifères, dont celui de la colère — un dispositif de combat qui protège les ressources vitales. Ce qui varie d’une personne à l’autre n’est donc pas le mécanisme : c’est ce qu’elle a appris à en faire.

Quand cet accompagnement n’est pas la bonne réponse

Cette grille sert à observer, pas à se ranger. Elle ne permet aucun diagnostic, et se reconnaître dans une forme ne dit rien de ce qui vous arrive par ailleurs.

Si la forme retournée contre soi domine et s’accompagne de pensées noires, ce n’est pas le moment de chercher la bonne case : le 3114 répond 24 h/24, gratuitement. Son site, 3114.fr, rassemble aussi des ressources écrites.

Et si la forme qui domine s’exerce chez vous au point que quelqu’un ait pris peur, la sécurité passe avant l’analyse — le 3919 est joignable anonymement.

Questions fréquentes

Combien existe-t-il de types de colère ?

Il n’existe aucun nombre canonique : les listes qui circulent dépendent entièrement du critère retenu. Nous en distinguons six, en nous appuyant non sur l’apparence de la colère mais sur ce qu’elle protège. D’autres découpages sont possibles et tout aussi défendables — celui-ci a l’avantage d’indiquer sur quoi travailler.

Ces formes de colère correspondent-elles à des types de personnalité ?

Non, et c’est le point le plus important de cet article. Ce sont des états qui s’activent selon les situations, pas des catégories de personnes : la même personne peut en traverser trois dans une journée. Se voir attribuer une étiquette de caractère n’aide personne et ferme précisément ce qu’il faudrait ouvrir.

Peut-on passer d’une forme de colère à une autre ?

Oui, c’est la règle plutôt que l’exception. Ce qui déclenche le passage, c’est ce qui est en jeu dans la situation et ce que l’on estime pouvoir risquer — on ne se tait pas devant les mêmes personnes que celles devant qui l’on explose. Ces bascules sont d’ailleurs très informatives sur ce qui compte pour vous.

Pourquoi ma colère n’est-elle pas la même avec tout le monde ?

Parce que ce qui varie n’est pas vous, c’est ce que chaque relation met en jeu. On ne prend pas les mêmes risques avec un conjoint, un parent ou un supérieur, et la colère emprunte le canal que la relation autorise. C’est souvent auprès des personnes les plus proches qu’elle sort le plus directement.

Comment reconnaître la forme de colère qui me concerne ?

En regardant ce que votre colère protège, et non ce à quoi elle ressemble de l’extérieur. La question utile n’est pas « est-ce que je crie ? » mais « qu’est-ce qui, chez moi, vient d’être touché ? ». À l’Institut Self Attitude, c’est cette question que nous examinons avec la personne — il n’existe ni test ni questionnaire pour y répondre à sa place.

Franck Fournier Psychopraticien certifié · sexothérapeute

Psychopraticien certifié, cofondateur de l'Institut Self Attitude. Il accompagne les adultes pour dépasser les crises de l'existence, mieux se connaître, réguler leurs émotions, se libérer des traumatismes et retrouver une sexualité épanouissante. Formé chez Symbiofi (Qualiopi, DPC, appui CHU de Lille) et à l'AFPRA.

En savoir plus →

Cécile Fournier Psychopraticienne certifiée · sexothérapeute

Psychopraticienne certifiée, cofondatrice de l'Institut Self Attitude. Elle accompagne les adultes pour dépasser les crises de l'existence, mieux se connaître, réguler leurs émotions, se libérer des traumatismes et retrouver une sexualité épanouissante. Formée chez Symbiofi (Qualiopi, DPC, appui CHU de Lille) et à l'AFPRA.

En savoir plus →

Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Se reconnaître dans une forme est un début. Savoir ce qu’elle protège chez vous, en particulier, demande un regard extérieur.

Je prends rendez-vous →

Pré-consultation téléphonique offerte (15 min) · sans engagement · Montargis ou visio

Pour comprendre d’où viennent ces apprentissages, voyez les blessures de l’enfance. Le parcours d’accompagnement est présenté sur thérapie de la colère.

Retour en haut