Par Franck Fournier & Cécile Fournier
· thérapeutes de couple · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 9 juin 2026
Le couple peut finir ; le lien parental, lui, continue. La coparentalité, c’est l’art de coopérer pour les enfants une fois la relation conjugale terminée, sans rejouer la dispute du couple à chaque échange. Cet article s’adresse aux parents séparés qui veulent protéger leurs enfants du conflit, et retrouver des échanges vivables, au cabinet, à Montargis, ou en visio.

Ce que cet article vous aide à faire :
- Séparer le couple qui se termine du lien parental qui continue.
- Établir un cadre de coopération clair, hors de l’émotionnel conjugal.
- Protéger vos enfants de ce qui ne les regarde pas.
Si vous vous reconnaissez, un premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, permet d’y voir plus clair, prendre rendez-vous.
Quand chaque échange rejoue l’ancienne dispute
Il est 18 h 30, c’est le moment de récupérer les enfants. Vous vous garez devant chez l’autre, et déjà votre mâchoire se serre. Vous savez comment ça va finir : une remarque sur l’heure, une autre sur le sac oublié, et la soirée portera encore la trace de cet échange.
Vous êtes séparés, parfois depuis des mois, parfois des années. Mais chaque transmission, chaque message, chaque décision à prendre ensemble ravive la même mécanique : celle de la fin du couple, ses reproches, ses blessures.
Et au milieu, il y a les enfants. Qui observent. Qui traduisent les silences. Qui apprennent à ne pas parler de l’un devant l’autre.
Vous ne l’avez peut-être avoué à personne, mais vous le pensez : « je ne veux pas leur infliger ça, et pourtant je n’arrive pas à parler à leur père, à leur mère, sans que ça dégénère. » Ce n’est pas un manque d’amour pour vos enfants. C’est que deux relations sont restées collées l’une à l’autre, alors qu’elles devraient être séparées.
On croit que se séparer, c’est tout arrêter ensemble. En réalité, une seule des deux relations se termine : la relation amoureuse. L’autre, celle de deux parents qui ont des enfants en commun, ne se dissout pas, elle se transforme. Tant qu’on continue de parler à l’autre comme à un ex qui a déçu, on rejoue le couple. Le jour où on lui parle comme à l’associé d’un projet qui nous dépasse tous les deux, élever ces enfants, le ton change, et les enfants respirent.
Imaginez des transmissions sans boule au ventre. Des décisions prises en quelques messages factuels. Des enfants qui n’ont plus à choisir un camp, parce que leurs deux parents, même séparés, forment encore une équipe sur un point : eux.
Pourquoi c’est si difficile, et ce que ça cache
La difficulté ne vient pas d’un défaut de bonne volonté. Elle vient de ce que la séparation n’a pas réglé la même chose pour les deux, ni au même rythme. L’un peut avoir tourné la page, l’autre non. Les blessures du couple cherchent encore réparation, et faute d’espace pour cela, elles se déversent là où il ne faudrait pas : dans la logistique des enfants.
Derrière les phrases qui claquent au moment des transmissions, il y a presque toujours autre chose que le sac oublié.
| Ce qui se dit | Ce qui se joue en dessous |
|---|---|
| « Tu es encore en retard » | Un besoin de respect, de fiabilité, qui manquait déjà avant |
| « Chez toi, ils font n’importe quoi » | Une peur de perdre le contrôle, d’être un mauvais parent |
| « Tu montes les enfants contre moi » | La peur de perdre la place et l’amour de l’enfant |
| « Tu décides tout sans moi » | Un besoin d’être reconnu comme parent à part entière |
| Le silence, les messages secs | Une blessure du couple encore à vif, sans lieu pour se dire |
Ce que les enfants vivent au milieu de ce conflit pèse lourd. Ce qui les protège le mieux, ce n’est pas l’absence de séparation, c’est l’absence de guerre. Un enfant se remet d’une séparation apaisée ; il porte longtemps une séparation où il a dû choisir.
Notre façon d’accompagner : distinguer, cadrer, protéger
Nous recevons les deux parents par nous deux, une double lecture, féminine et masculine, qui aide chacun à se sentir entendu sans que l’autre soit accusé. L’accompagnement suit trois temps.
Acter la fin du couple, nommer le lien qui reste. On distingue clairement les deux relations : celle qui s’achève, et celle de coparents, qui continue. Tant que le deuil du couple n’est pas posé, il contamine tout. Le nommer permet de ranger chaque chose à sa place.
Installer un cadre de coopération. On construit des règles concrètes : une communication factuelle (le qui, quoi, quand, sans le pourquoi affectif), un canal dédié pour l’organisation, des décisions importantes prises ensemble. Sur le plan du droit, la séparation ne suspend pas le cadre de l’autorité parentale partagée : sauf décision du juge, les choix importants pour l’enfant continuent de se prendre à deux. Parler « gestion », et non plus « couple ».
Mettre l’enfant à l’abri du conflit. Trois règles protègent durablement : jamais l’enfant comme messager, jamais de dénigrement de l’autre parent devant lui, jamais le mettre en position de choisir. Ce qui relève du couple se règle entre adultes, ailleurs.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un couple que nous avons accompagné
Vincent et Aurélie, quand chaque transmission tourne au procès
Vincent et Aurélie sont séparés depuis un an. Deux enfants, en garde alternée. Chaque transmission tourne au règlement de comptes ; les messages, eux, s’accumulent en reproches. Ils viennent nous voir parce que leur fille aînée a commencé à dire qu’elle « ne veut plus y aller », sans savoir dire où.
Pour ma part, Franck, je reçois Vincent. Sous sa colère contre « le laisser-aller » d’Aurélie, j’entends surtout une peur : celle de perdre sa place, de ne plus compter pour ses enfants une semaine sur deux. Sa rigidité sur les horaires est une façon maladroite de dire « je suis encore leur père ».
De mon côté, Cécile, j’accueille Aurélie. Derrière ses messages secs, il y a une blessure du couple jamais refermée, le sentiment d’avoir été quittée, et la rage d’être désormais jugée sur tout. Quand elle reçoit un reproche sur l’heure du coucher, ce n’est pas l’heure qu’elle entend : c’est « tu n’es pas une bonne mère ».
Nous posons d’abord les mots : le couple est fini, ce deuil-là a son espace, ici. Puis nous construisons leur cadre de coparents. Les échanges d’organisation passeront désormais par un agenda partagé, en phrases factuelles. Les sujets importants, école, santé, se décideront en rendez-vous, pas dans un couloir, à 18 h 30.
Quelques mois plus tard, les transmissions se font en deux minutes, sans éclat. Leur fille a cessé de refuser les semaines chez l’un. Vincent et Aurélie ne sont pas redevenus amis, ce n’était pas le but. Ils sont devenus deux adultes qui, sur un seul sujet, tiennent la même ligne : leurs enfants n’ont pas à porter ce qui appartient au couple.
Situation représentative · prénoms et détails modifiés
Pour qui cette approche, et pour qui pas
Le principe : on ne demande pas à deux ex de redevenir un couple, ni même des amis. On les aide à devenir des coparents fiables, ce qui suffit, et qui protège l’essentiel : la sécurité des enfants.
Cette approche est faite pour les parents séparés qui veulent préserver leurs enfants du conflit, et retrouver des échanges vivables, même quand la rancune persiste. Elle se mène à Montargis ou en téléconsultation, parfois avec les deux parents, parfois d’abord séparément.
Elle a ses limites, et nous les disons clairement : en cas de violences, d’emprise ou de mise en danger d’un enfant, ce n’est plus de coparentalité qu’il s’agit, mais de protection, et la sécurité prime, avec les dispositifs adaptés. Lignes d’écoute : le 3919 (violences faites aux femmes) et le 116 006 (France Victimes, toutes victimes).
Un premier pas, cette semaine. Avant le prochain message à l’autre parent, relisez-le et posez-vous une question : « Est-ce une information utile à l’organisation, ou un reproche du couple déguisé ? » Si c’est la seconde, gardez l’information, retirez le reste. Vous verrez la différence sur la réponse.
Et si vos enfants pouvaient cesser de choisir ?
Et si, dans quelques mois, déposer ou récupérer les enfants n’était plus une épreuve ? Et si vos enfants pouvaient aimer leurs deux parents à voix haute, sans craindre de blesser l’un en parlant de l’autre ?
Le couple s’est terminé. Les parents, eux, restent. Et c’est cette équipe-là qui peut se réinventer.
Questions fréquentes
Faut-il s’entendre pour être de bons coparents ?
Non, pas au sens d’être proches. Il suffit d’être fiables et prévisibles l’un pour l’autre sur ce qui concerne les enfants. Beaucoup de coparentalités qui fonctionnent reposent sur une relation distante mais respectueuse, et c’est très suffisant pour protéger l’enfant.
L’autre parent ne joue pas le jeu. Que faire de mon côté ?
On ne contrôle pas l’autre, mais sa propre attitude pèse plus qu’on ne croit. Tenir une communication factuelle, ne pas répondre aux provocations, ne jamais dénigrer devant les enfants : cela abaisse souvent la tension avec le temps. Un travail individuel aide à tenir cette ligne sans s’épuiser.
Comment parler de l’autre parent à mon enfant ?
En lui laissant le droit d’aimer ses deux parents. Évitez de le prendre à témoin, de le questionner sur l’autre foyer, ou de critiquer l’autre devant lui. Un enfant qui n’a pas à choisir de camp est un enfant qu’on protège, même si la séparation reste douloureuse.
Faut-il consulter ensemble ou séparément ?
Les deux ont leur place. Quand le dialogue est encore trop chargé, nous commençons souvent par recevoir chacun séparément, avant des temps à deux. L’objectif n’est pas de raviver le couple, mais de construire un cadre de coopération que chacun puisse tenir.
Quelle différence avec la médiation familiale ?
La médiation familiale aide à trouver des accords concrets (modalités, organisation) dans un cadre souvent lié au juridique. Notre accompagnement travaille en amont sur ce qui empêche la coopération, les blessures du couple, les peurs de chaque parent. Les deux sont complémentaires.
Et s’il y a des violences ou de l’emprise ?
Alors ce n’est plus de coparentalité qu’il s’agit, mais de sécurité, et celle-ci prime sur toute recherche de coopération. Il faut s’appuyer sur les dispositifs de protection et un cadre juridique. Lignes d’écoute : le 3919 et le 116 006.
Franck Fournier
thérapeute de couple · psychopraticien certifié
Psychopraticien certifié & coach professionnel, cofondateur de l’Institut Self Attitude à Montargis. Avec Cécile, il reçoit les couples et les parents séparés en co-thérapie croisée, une double lecture féminine et masculine. Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. En savoir plus →
Cécile Fournier
thérapeute de couple · psychopraticienne certifiée
Psychopraticienne certifiée, thérapeute & experte en ingénierie pédagogique, cofondatrice de l’Institut Self Attitude. Formée aux Sciences de l’Éducation, elle ancre ses accompagnements dans la psychoéducation et l’attachement, attentive à la place de l’enfant dans la séparation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. En savoir plus →
Cet accompagnement ne se substitue pas à un avis ou à un traitement médical. En cas de détresse aiguë, adressez-vous à un professionnel de santé ou aux services d’urgence.
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Si chaque échange avec l’autre parent tourne au conflit, parlons-en. Un premier échange permet de poser un cadre de coopération qui protège vos enfants.
15 min offertes · sans engagement · Montargis ou visio
Pour aller plus loin : découvrez notre parcours « Je réussis ma séparation » et le dossier charge mentale & famille. Sur un sujet proche : la famille recomposée.
