Violence émotionnelle : la reconnaître

Par Franck Fournier & Cécile Fournier
thérapeutes de couple · psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026

En bref

La violence émotionnelle ne laisse pas de traces visibles, et c’est ce qui la rend si difficile à nommer : dénigrement, contrôle, humiliations, silence punitif, isolement. Elle se distingue du conflit de couple par un critère central, l’asymétrie : l’un domine, l’autre rétrécit. La reconnaître est le premier acte de protection. En France, elle est reconnue par la loi, et des aides existent.

Violence émotionnelle dans le couple : la reconnaître et se protéger

Il n’y a jamais eu de coup. C’est d’ailleurs la phrase que vous vous répétez pour vous rassurer, « ce n’est pas de la violence, il ne m’a jamais touchée », « elle ne me frappe pas, elle est juste dure ».

Et pourtant, quelque chose en vous a rétréci. Vous surveillez vos mots avant de parler. Vous renoncez à voir certains proches pour éviter « des histoires ». Vous ne savez plus très bien si vos perceptions sont fiables, on vous a si souvent dit que vous exagériez, que vous étiez trop sensible, que ça ne s’était pas passé comme ça.

Cette page est là pour vous aider à mettre des mots justes sur ce que vous vivez. Pas pour dramatiser. Pas pour minimiser non plus.

Conflit ou violence : la différence qui change tout

Tous les couples se disputent, se blessent parfois, se disent des mots qui dépassent leur pensée. Le conflit, même vif, reste fondamentalement symétrique : chacun peut exprimer son désaccord, chacun peut blesser et être blessé, et la relation alterne les torts.

La violence émotionnelle est autre chose. Elle est asymétrique : l’un des deux, de façon répétée, rabaisse, contrôle, isole ou fait douter l’autre, et l’autre, peu à peu, s’adapte, s’excuse, rétrécit. La question n’est pas « est-ce qu’on se dispute fort ? », mais « est-ce que l’un de nous deux a peur, se censure, et perd pied sur ses propres perceptions ? ».

Ce n’est pas une nuance académique. En France, le harcèlement moral au sein du couple est un délit, reconnu par la loi depuis 2010 (article 222-33-2-1 du code pénal) : la violence psychologique n’a pas besoin de coups pour être de la violence.

Ce qu’on se ditCe qui se passe peut-être
« Il est cassant, mais c’est son caractère »Un dénigrement répété qui érode l’estime de soi
« Elle veut juste savoir où je suis »Un contrôle des déplacements, du téléphone, de l’argent
« On voit moins mes amis, c’est la vie de couple »Un isolement progressif des proches et des soutiens
« J’ai dû mal me souvenir, il dit que ça ne s’est pas passé comme ça »Un brouillage des perceptions qui fait douter de sa propre mémoire
« Après chaque crise, tout redevient merveilleux »Un cycle tension-crise-lune de miel qui retient et épuise

Pourquoi c’est si difficile à voir de l’intérieur

La violence émotionnelle s’installe rarement d’un coup. Elle avance par degrés, une remarque, puis des remarques, puis un climat, et chaque étape devient la nouvelle normalité. De l’intérieur, on ne voit pas une ligne franchie : on voit une succession de petits accommodements dont on ne se souvient plus du début.

S’y ajoute le brouillage des perceptions, ce qu’on appelle parfois le gaslighting : à force de s’entendre dire qu’on exagère, qu’on invente, qu’on est trop fragile, on finit par confier à l’autre la définition de la réalité. C’est l’un des effets les plus profonds de cette violence : elle ne prend pas que la confiance en soi, elle prend la confiance en ses propres yeux.

Et il y a la honte. Les personnes que nous recevons disent souvent : « je ne suis pourtant pas quelqu’un de faible ». Précisément : la violence émotionnelle ne choisit pas des personnes faibles, elle fabrique de l’épuisement chez des personnes qui, souvent, ont longtemps tenu. Les hommes qui la subissent portent une honte supplémentaire, celle de n’être « pas crédibles » ; ils sont pourtant nombreux, et les aides leur sont ouvertes aussi.

Se protéger : par où commencer

1

Nommer, pour soi d’abord. Mettre des mots précis sur les faits, dates, phrases, gestes, plutôt que sur les intentions supposées. Écrire aide : ce qui est noté ne peut plus être redéfini par l’autre. C’est aussi utile si des démarches deviennent nécessaires un jour.

2

Rompre l’isolement. Reparler à un proche de confiance, appeler une ligne d’écoute, consulter, peu importe la porte, l’important est qu’un regard extérieur entre à nouveau dans la situation. L’isolement est le terreau de cette violence ; le lien est son premier antidote.

3

Se faire accompagner, individuellement. Restaurer ses perceptions, retrouver son estime, évaluer la situation et ses options, à son rythme : c’est un travail individuel. Selon les cas, nous mobilisons notamment la thérapie des schémas et le travail sur l’attachement, et nous orientons vers les bons relais quand la situation le demande.

Un point important : quand une violence est installée, la thérapie de couple n’est pas l’outil adapté. Réunir dans une même pièce une personne sous emprise et celle qui l’exerce ne rééquilibre pas la parole, cela peut même l’exposer davantage. La priorité est l’accompagnement individuel de la personne qui subit ; le travail à deux ne se discute, éventuellement, que bien plus tard, si la violence a réellement cessé.

En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.

Vous n’êtes pas seul·e. 3919 : Violences Femmes Info (anonyme, gratuit). 116 006 : France Victimes, pour toutes les victimes, femmes et hommes (gratuit, 7 j/7). En cas de danger immédiat : le 17 ou le 112.

Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’une personne que nous avons accompagnée

Étude de cas

Margaux, quand celle qui subit se croit coupable

Margaux prend rendez-vous « pour apprendre à mieux communiquer avec son conjoint ». C’est très souvent ainsi que cela commence : la personne qui subit vient chercher des outils pour mieux faire, persuadée que le problème vient d’elle.

Pour ma part, Cécile, je l’écoute décrire son quotidien : les soirées à guetter l’humeur de l’autre au bruit de la porte, le carnet d’adresses qui s’est vidé en quatre ans, et cette habitude qu’elle a prise de photographier les échanges « pour vérifier qu’elle n’invente pas ». Ce détail-là dit tout : elle a dû fabriquer des preuves contre le doute qu’on a installé en elle.

Le travail ne commence pas par des décisions, il commence par la restauration de ses perceptions. Séance après séance, Margaux réapprend à faire confiance à ce qu’elle voit et ressent. Nous reprenons les faits, sans les dramatiser ni les excuser, et elle les nomme elle-même, un jour, pour la première fois : « ce que je vis, c’est de la violence ».

À partir de là, son chemin lui appartient : renouer avec deux amies perdues de vue, en parler à sa médecin, contacter une association. Aucune décision n’est prise à sa place, ni dans un sens ni dans l’autre. Ce qui change, c’est qu’elle décide désormais depuis ses propres yeux, pas depuis ceux qu’on lui avait imposés.

Prénom et détails modifiés.

Pour qui, et pour qui pas

C’est pour vous si vous vous reconnaissez dans ces lignes sans oser encore mettre le mot ; si vous voulez y voir clair sur ce qui relève du conflit et ce qui n’en relève plus ; si vous avez quitté une relation de ce type et que ses effets durent, nous avons aussi écrit sur le syndrome post-traumatique de la relation.

Ce n’est pas le bon cadre seul si vous êtes en danger : la priorité est alors la mise en sécurité et les relais spécialisés (numéros ci-dessus). Et nous ne proposons pas de thérapie de couple quand une violence est installée, par protection, pas par jugement.

Un premier pas, sans risque : notez, pour vous seul·e, trois situations récentes qui vous ont fait rétrécir, les faits, les mots exacts, ce que vous avez ressenti. Ne montrez cette liste à personne pour l’instant. La relire dans une semaine, à froid, vous dira souvent ce que vous savez déjà.

Questions fréquentes

Comment savoir si c’est de la violence ou « juste » des disputes ?

Le critère central est l’asymétrie dans la durée : dans un conflit, chacun peut s’exprimer et les torts alternent ; dans la violence, l’un domine et l’autre rétrécit, se censure, a peur. Si vous surveillez vos mots en permanence, la question mérite d’être posée sérieusement. (Le silence involontaire d’un partenaire submergé est autre chose : voyez le mur du silence.)

La violence émotionnelle est-elle reconnue par la loi ?

Oui. En France, le harcèlement moral au sein du couple est un délit (article 222-33-2-1 du code pénal, loi de 2010). Les violences psychologiques peuvent être signalées et accompagnées comme les autres formes de violences conjugales.

Mon conjoint peut-il être violent sans s’en rendre compte ?

Certaines personnes reproduisent des schémas reçus sans les nommer ainsi, c’est possible. Mais l’origine ne change rien à l’effet sur vous, ni à votre droit de vous protéger. Comprendre l’autre ne doit jamais devenir une raison de continuer à subir.

Les hommes peuvent-ils en être victimes ?

Oui, et ils consultent moins, par honte ou par peur de ne pas être crus. Le 116 006 (France Victimes) est ouvert à toutes les victimes, femmes et hommes, et notre accompagnement l’est tout autant.

Pourquoi ne proposez-vous pas de thérapie de couple dans ces situations ?

Parce que la thérapie de couple suppose deux paroles libres et égales, ce que l’emprise rend impossible. Tant que la violence est active, le cadre adapté est individuel : protéger, restaurer, puis décider. Le travail à deux ne peut s’envisager que si la violence a réellement cessé.

Je ne suis pas sûr·e de ce que je vis. Puis-je quand même consulter ?

Oui, c’est même le cas le plus fréquent. On ne vient pas avec une certitude, on vient avec un doute qui pèse. L’accompagnement sert précisément à y voir clair, sans qu’aucune conclusion ne soit tirée à votre place.

CF

Cécile Fournier

Thérapeute de couple · psychopraticienne certifiée

Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Elle accompagne la restauration des perceptions et de l’estime de soi après l’emprise. En savoir plus →

FF

Franck Fournier

Thérapeute de couple · psychopraticien certifié

Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il reçoit aussi les hommes qui subissent, et qui n’osent pas le dire. En savoir plus →

Sources

Code pénal, article 222-33-2-1 (loi du 9 juillet 2010), délit de harcèlement moral au sein du couple. Dispositifs publics d’aide aux victimes : 3919 (Violences Femmes Info) et 116 006 (France Victimes), arretonslesviolences.gouv.fr.

Et si vous commenciez par un simple échange ?

Si ces lignes résonnent, un premier échange de 15 minutes, gratuit, confidentiel et sans engagement, permet de poser les choses, seul·e, en cabinet à Montargis ou en visio.

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Nommer ce que l’on vit n’oblige à rien, ni à partir, ni à porter plainte, ni même à en parler autour de soi. Mais c’est l’acte par lequel on cesse de voir le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre. Et si retrouver vos propres yeux était, aujourd’hui, le seul pas à faire ?

Pour aller plus loin :

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