Par Franck Fournier & Cécile Fournier
psychopraticiens certifiés · mis à jour le 11 juin 2026
La peur de l’abandon est la certitude intime, installée tôt, qu’on finira par être quitté, et elle pousse à des stratégies qui fabriquent ce qu’elles redoutent : s’accrocher jusqu’à étouffer, tester jusqu’à épuiser, ou partir le premier pour ne pas être quitté. C’est le schéma d’abandon décrit par la thérapie des schémas, et il se travaille en profondeur.

Un retard de vingt minutes, et votre esprit a déjà écrit la fin de l’histoire. Un ton un peu froid au téléphone, et vous passez la soirée à chercher ce que vous avez fait de mal. L’autre n’a rien remarqué, chez vous, une sirène hurle.
Alors vous gérez, chacun à sa manière : certains s’accrochent et demandent des preuves, d’autres testent, provoquent, poussent à bout, pour vérifier si l’autre tient, d’autres encore partent les premiers, par principe, avant d’être quittés. Trois stratégies opposées ; une seule peur, et le même résultat : des histoires qui finissent, et la certitude qui se renforce.
Cette peur a une origine, une logique, et, c’est le plus important, un vrai chemin de sortie.
Une certitude plus vieille que vos relations
La peur de l’abandon n’est pas une opinion sur votre partenaire : c’est une conviction sur le monde, écrite tôt. Jeffrey Young, fondateur de la thérapie des schémas, l’a décrite comme le schéma d’abandon : la croyance profonde que les liens importants sont instables, que les personnes aimées finiront par partir, mourir, ou préférer quelqu’un d’autre.
Ses origines varient : un parent réellement parti, séparation, décès, placement, mais aussi des départs plus invisibles : un parent dépressif, malade, accaparé, présent de corps et absent de lien ; des déménagements en chaîne ; une affection qui clignotait selon l’humeur ou les notes. L’enfant, lui, n’analyse pas : il conclut. « Les gens partent. Je dois m’y préparer. »
Et l’adulte hérite du dispositif complet : une vigilance de radar aux signes de désengagement, des émotions disproportionnées aux séparations banales, un départ en week-end, un téléphone éteint, et des stratégies de survie qui, toutes, abiment les liens qu’elles voulaient protéger. Les travaux de John Bowlby sur l’attachement l’avaient posé avant : nos premières sécurités écrivent nos attentes d’adulte, mais elles ne les gravent pas : l’attachement se répare.
| Le symptôme visible | Ce qui se joue en profondeur |
|---|---|
| Panique aux retards, aux silences, aux départs | Le radar du schéma qui lit chaque distance comme un début de fin |
| Tester l’autre : provoquer, bouder, pousser à bout | Vérifier que l’autre tient, jusqu’à ce qu’il lâche, « preuve » finale |
| Quitter le premier, saboter quand ça devient sérieux | Choisir l’abandon plutôt que le subir, le schéma aux commandes |
| Choisir des partenaires instables ou indisponibles | Le décor familier du schéma, l’histoire qu’on connaît par cœur |
| Rester dans des liens qui font mal | Tout, plutôt que le vide redouté depuis l’enfance |
La prophétie qui s’auto-réalise
Le drame du schéma d’abandon, c’est son efficacité à se confirmer. La vigilance épuise le partenaire ; les tests finissent par trouver leur limite ; les départs préventifs mettent fin à des histoires qui auraient vécu. Et chaque fin vient nourrir le dossier : « je le savais ». Le schéma ne lit jamais sa propre responsabilité, il ne voit que la confirmation.
C’est pourquoi la sortie ne passe ni par la volonté ni par les preuves d’amour de l’autre : elle passe par un travail sur le schéma lui-même, sa détection en temps réel, son histoire, et les expériences correctrices qui apprennent, enfin, autre chose.
Comment nous travaillons
Mettre le schéma à découvert. Reconnaître sa voix, « il va partir », « prépare-toi », repérer ses déclencheurs et ses stratégies à vous. Quand la sirène sonne, savoir que c’est la sirène, et pas une information sur le présent, change déjà la suite.
Soigner l’origine. La thérapie des schémas travaille la scène où la certitude s’est écrite, et l’EMDR désamorce les souvenirs d’abandon qui saignent encore : le départ réel, l’absence répétée, l’attente au portail. On ne réécrit pas l’histoire ; on lui retire son emprise sur aujourd’hui.
Faire l’expérience du contraire. Traverser une absence sans vérifier, dire une peur au lieu de tester, rester quand l’envie de fuir monte : des expériences choisies, graduées, qui apprennent au système ce que les mots ne lui apprennent pas, un lien peut tenir sans être surveillé.
En pratique : 60 € la séance, au cabinet, 39 avenue du Général de Gaulle à Montargis, ou en téléconsultation.
Pour illustrer ce cheminement, prenons l’exemple d’un homme que nous avons accompagné
Victor, partir toujours au sixième mois
Victor, trente-cinq ans, consulte après avoir quitté, encore, une femme « parfaite pour lui », au sixième mois, comme les précédentes. « Je pars toujours au moment où ça devient sérieux, dit-il. Comme si j’avais un minuteur. » Il vient parce que, cette fois, il regrette, et que le minuteur a gagné quand même.
Pour ma part, Franck, je l’interroge sur ce qui se passe en lui au cinquième mois. Sa réponse est d’une précision remarquable : « C’est quand je commence à avoir besoin d’elle. Là, je sais qu’elle peut me détruire. Alors je détruis avant. » Victor n’a pas peur de l’engagement, il a peur de l’abandon, et il a trouvé la parade absolue : partir le premier, toujours.
L’origine se laisse approcher lentement : une mère partie quand il avait sept ans, revenue, repartie, trois fois, et un petit garçon devenu expert à détecter les signes de départ, puis à ne plus jamais dépendre de personne. « Le jour où j’ai arrêté de l’attendre, j’ai arrêté d’avoir mal », dit-il. La stratégie a sauvé l’enfant. Elle condamne l’adulte à la solitude préventive.
Nous travaillons les deux étages : l’EMDR sur les scènes de départ, dont une, précise, qu’il n’avait jamais racontée, puis l’expérience du contraire. Quand la rencontre suivante arrive, le minuteur sonne au cinquième mois, comme prévu. Mais cette fois Victor sait ce que c’est. Au lieu de partir, il fait la chose la plus difficile de son parcours : il dit à sa compagne : « J’ai un vieux réflexe qui me dit de fuir maintenant. Je n’ai pas envie de lui obéir. »
Le minuteur sonnera encore, de loin en loin, il sonne toujours un peu. Mais Victor ne lui obéit plus. « J’ai passé ma vie à partir pour ne pas être quitté, résume-t-il. Personne ne m’avait dit qu’on pouvait juste… rester, et voir. »
Prénom et détails modifiés.
Pour qui, et pour qui pas
C’est pour vous si les séparations banales déclenchent des tempêtes ; si vous testez, surveillez ou fuyez dès qu’un lien devient précieux ; si vos histoires répètent la même fin ; ou si vous restez dans des relations douloureuses parce que le vide fait plus peur que la souffrance.
Ce n’est pas le bon cadre seul si la peur de l’abandon s’inscrit dans une souffrance plus large et plus intense, instabilité émotionnelle sévère, gestes auto-agressifs : une évaluation médicale ou psychiatrique complète alors utilement le travail, et nous orientons sans hésiter. En cas d’idées noires, le 3114 répond 24 h/24.
Un premier pas, sans risque : la prochaine fois que la sirène sonne, retard, silence, ton froid, écrivez deux colonnes : « ce que je sais » (les faits) et « ce que je crains » (le scénario). Mesurez l’écart. Cet écart, c’est le schéma, et le voir noir sur blanc est le début de son désamorçage.
Questions fréquentes
D’où vient la peur de l’abandon ?
D’expériences précoces où le lien s’est montré instable, départs réels, mais aussi absences invisibles : parent dépressif, accaparé, imprevisible. L’enfant en tire une règle de survie, que l’adulte applique encore. Parfois, aucun souvenir précis : le schéma se travaille quand même.
Je fuis dès que ça devient sérieux. Est-ce la même peur ?
Très souvent, oui : la fuite préventive est l’autre visage de l’accrochage, on choisit l’abandon plutôt que de le subir. Ce qu’on appelle « peur de l’engagement » cache fréquemment une peur de l’abandon armée jusqu’aux dents.
Mon partenaire peut-il m’aider à apaiser cette peur ?
Un partenaire stable et prévenu aide, mais il ne peut pas combler le schéma : aucune réassurance externe ne suffit à une certitude interne. Le travail vous appartient ; sa constance, elle, devient alors une expérience correctrice précieuse.
Quelle différence avec la dépendance affective ?
La peur de l’abandon est la conviction (« on va me quitter ») ; la dépendance affective est souvent la stratégie qu’elle déclenche (« je m’accroche, je m’efface »). Les deux se travaillent ensemble, la racine et la stratégie.
L’EMDR sert-il vraiment pour l’abandon ?
Quand des scènes précises continuent de saigner, un départ, une attente, une porte qui claque, l’EMDR aide à en désamorcer la charge, comme pour d’autres mémoires douloureuses. Il s’intègre au travail global sur le schéma, il ne le remplace pas.
Cette peur peut-elle vraiment disparaître ?
L’objectif réaliste : que la sirène sonne moins fort, moins souvent, et surtout qu’elle cesse de commander. Beaucoup décrivent un avant et un après : la peur devient un vieux réflexe qu’on reconnaît, plus une vérité qu’on subit.
Franck Fournier
Psychopraticien certifié
Formé chez Symbiofi (approche fondée sur les preuves, CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’École Lionnel Calderini. Il accompagne notamment ceux qui fuient les premiers, et qui n’en peuvent plus de gagner cette course-là. En savoir plus →
Cécile Fournier
Psychopraticienne certifiée
Niveau Master en Sciences de l’Éducation. Formée chez Symbiofi (CHU de Lille), à l’Institut Paul Pyronnet et à l’AFPRA. Thérapie des schémas, attachement et EMDR : le cœur de sa pratique sur les blessures d’abandon. En savoir plus →
Sources
Jeffrey Young, thérapie des schémas, schéma d’abandon/instabilité. John Bowlby, théorie de l’attachement. En cas de souffrance intense ou d’idées noires : 3114 (prévention du suicide, gratuit, 24 h/24).
Et si vous commenciez par un simple échange ?
Un cadre stable, prévisible, qui ne disparaît pas : c’est exactement ce dont un schéma d’abandon a besoin pour se réparer. Premier échange de 15 minutes, gratuit et sans engagement, à Montargis ou en visio.
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La peur de l’abandon vous a fait passer des années à surveiller la porte, au point de ne jamais vraiment habiter la pièce. Et si le travail ne consistait pas à obtenir la garantie que personne ne partira jamais, personne ne l’a, mais à devenir quelqu’un qui, même si la porte s’ouvrait, ne s’effondrerait plus ?
Pour aller plus loin :
- Régulation émotionnelle, le dossier complet
- Les blessures de l’enfance, la racine fréquente de cette peur
- Psychothérapie individuelle à Montargis, le hub « Pour moi »
- Dépendance affective : s’en libérer, la stratégie que cette peur déclenche
- La thérapie des schémas à Montargis, la méthode de fond
